
La dernière fois, c'était en décembre 2008.
Un matin, je n'ai pas pu me lever et y aller. Tout simplement impossible.
J'avais passé une énième nuit sans fermer l'oeil, et là, d'un coup, en fixant les chiffres rouges du radio-réveil, je me suis dit : "Je ne peux pas."
Un premier arrêt-maladie de 10 jours, pour aller jusqu'aux vacances.
Un autre à la rentrée, le 5 janvier. Et puis tous les autres, qui s'enchaînaient, deux semaines, puis un mois, un autre, un autre. La chute, de plus en plus loin, de plus en plus vite.
L'Inspection a fini par envoyer un autre toubib m'examiner, en mai. J'étais recroquevillée derrière mes volets fermés, regardant les minutes saigner sur mon radio-réveil. L'assistante sociale a forcé le barrage, en juin, elle a lancé l'opération Congé Longue Durée. Et les consultations psy à ne pas manquer.
J'ai perdu le fil du temps à la première rentrée que je n'ai pas faite. Concentrée sur mon petit-fils qui grandissait, en m'éclaboussant de ses rires. Les chiffres rouges rythmaient ses journées. J'attendais de ne plus suffoquer à chaque respiration.
Un autre compte à rebours s'est déclenché : claquer la porte, enfin, tourner les talons, dire non. Encore des jours et des jours qui passent, des semaines, des mois. Une nouvelle rentrée, puis une nouvelle année, presque dans la foulée.
J'ai reçu la première moitié de mon indemnité : je n'ai plus de dettes, plus de découvert, plus rien ou presque à rembourser. Mais je n'ai plus non plus de revenus. Le reste de mon indemnité ? Pas avant fin mai.
Mon radio-réveil, fidèle, me fixe de ses petits yeux rouges. Il va falloir y aller...














