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mercredi 20 mai 2020

Ma Table du Conseil


Imaginons : ce soir, autour de la table, je reçois des gens très importants.
Pas de Président ni d'Empereur, pas de Roi, aucun milliardaire, ni Dieu ni Maître Suprême.
Juste des gens bien ordinaires sans doute, mais qui m'ont inspirée, portée, sauvée, chacun à leur façon.

Ce soir, à ma table, je vais les convoquer, un à un, et nous allons parler. Ils me montreront comment avancer, encore, sur ce chemin parfois difficile. Ils me diront les obstacles, ils écarteront mes doutes, et je les suivrai, confiante, ce soir, et tous les soirs.

Alors venez, entrez, asseyez-vous... Je suis si heureuse de vous retrouver ! Savez-vous pourquoi je vous ai invités ?

GILLES, il me faut comprendre mes faiblesses pour les transformer, je veux partir de zéro comme toi, et assurer mon avenir financier et celui de mes enfants

ORYANE, j'aime la passion que tu mets dans tes projets, ton investissement, ta créativité devant les murs qui se dressent sur ta route

ISABELLE, j'admire ton courage et ta force de travail, je veux moi aussi remplir mes heures sans les compter, avec la satisfaction du travail bien fait

MARTIN, donne-moi ton obstination têtue et ta foi inébranlable, même quand tout et tout le monde te crie de faire marche arrière

ANNA, BERNARD, DIDIER, dites-moi encore toute la rigueur de votre travail, votre assiduité à écrire, et votre confiance d'être publiés

GÉRARD, apprends-moi à rester passionnée malgré les années, à pétiller et à trouver encore de l'intérêt à ce que je fais

JACQUES, FRANÇOISE, CORINNE, je voudrais avoir votre niveau de connaissances, et votre manière de les donner en partage, avec humanité et bienveillance

Ce soir vous voici tous réunis à ma table, et cependant c'est vous qui m'offrez un véritable festin ! Merci, mille mercis de guider mes pas, merci de vous être un jour assis avec moi.

dimanche 3 mai 2020

Recommencer


J'ai entamé en 2008, sans le savoir, un cycle de 12 ans qui s'achève maintenant.

Je suis passée par des épreuves plus ou moins compliquées. 
J'avais parfois l'impression de me perdre. Je ne comprenais pas.
Et petit à petit, le rideau s'est levé, illuminant la pièce.
Aujourd'hui je vois devant moi, et j'en suis si reconnaissante ! Envers qui, envers quoi ? Je ne sais pas, et je m'en moque.
Seul compte cette sensation de gratitude, cette envie de dire "Merci !"

Merci pour ces rires, ces éclats de bonheur.
Merci pour ces joies, grandes et petites, qui illuminent mes pas.
Merci pour mes réussites, et aussi pour mes échecs, parce qu'ils m'ont permis de recommencer.
Merci pour ces rencontres, pour ces adieux, merci pour les passants fugaces, et pour ceux qui sont restés un peu.
Merci pour ces heures que j'ai la chance de vivre, que j'apprécie, que je savoure encore.

2020 ne se déroule pas très bien pour beaucoup d'êtres humains sur Terre. Je n'ai pas à me plaindre. Au contraire, cette année est pour moi le début d'une autre aventure, et penser à tout ce qui m'attend me donne un peu le vertige.
Je ne bois pas d'alcool, je ne prends pas de drogue, je n'ai adhéré à aucune secte. Je ne suis pas devenue une illuminée qui va tenter de vous convaincre. 
J'ai simplement le sentiment d'être arrivée. Et c'est énorme !

lundi 24 février 2014

Deux vies


Dernière semaine de février.
Déjà ?

Ma Nanette a déménagé : elle a trouvé un super appart à Montpellier, à 500 mètres de là où elle vivait quand son fils est né - entre Ed et la station, ma lointaine normande ;o)
Depuis la lecture de l'annonce, mi-janvier, j'ai l'impression que nous n'avons pas arrêté... allers-retours en train, en voiture, en camion... payer, signer, emballer, payer, porter, décharger, payer... coups de colère, rires, blessures... La douche écossaise quasi-quotidienne, ça use. "L'ascenseur émotionnel", qu'on dit, main'nant. Overdose. Et ce n'est pas fini.

Conséquence directe : je prends la relève du dernier contrat qu'elle avait, un petit gars de 19 mois. Ma demande d'agrément prend un coup d'accélérateur. Objectif : au moins 3 places, pour assurer les futurs trajets vers Montpellier (une sombre histoire de petit-fils qui me téléphone déjà en disant : "tu me monkes hein!"...) et le remboursement de mon IDV.

C'est le deuxième phare qui aveugle mes insomnies : nous arrivons en mars, j'attends d'un jour à l'autre le titre exécutoire, pour fixer les modalités de règlement, et surtout, surtout, arrêter un montant. Sur le papier, 45.000 euros. Dans les faits, 2 fois 19.000, amputés de 14.300 en janvier, et de 6.000 en avril. 
Bon, l'Éducation Nationale n'est pas responsable des dettes que m'a laissées mon enf*iré d'ex-mari, certes ; mais elle l'est pour tous les trop-perçus mal calculés, qui gonflaient artificiellement mon imposition, en me privant des aides sociales de base au passage. 

La paperasse est donc au menu du prochain mois. Car je suis bien décidée à récupérer aussi cet argent de l'autre côté de l'Océan : au début de l'année, j'ai appelé, exposé, attendu. J'attends toujours le mail qu'il est censé m'avoir envoyé "avant la fin de la semaine !" Il doit avoir le même calendrier que Pôle Emploi. Celui où les jours durent environ 259 heures. Et 78 minutes. 
Le 25 mars, pour son anniversaire, il devrait recevoir le courrier de mon avocate. Chouette cadeau, non ? Quel dommage, il n'appréciera sans doute pas...

En parlant de cadeau, ma londonienne est rentrée, samedi. Épuisée par sa mini-tornade sur pattes de 26 mois, mais réconciliée avec les contrats au-pair. Elle envisage de repartir illico presto : Italia ? On laisse passer le contrecoup du déménagement, et on avise.

Autre contrecoup, autres projets reportés : l'avocat de mon fils a effectivement contesté son licenciement, début février... Prud'hommes, correctionnel, indemnisation : prochaine étape fin juin, si tout va bien. 
En attendant, il a repris le boulot, chez Monoprix : sa toute première enseigne, son premier job d'été, il y a dix ans déjà - quand je le posais à 5h du matin pour qu'il remplisse les rayons... Mais pense déjà à septembre, et à une éventuelle formation rémunérée, en reconversion.  

Septembre. J'aurai 48 ans.
Que ça me semble loin !

Confucius, qui porte bien mal son nom, disait : 
" On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu'on en a qu'une."

dimanche 8 décembre 2013

Faux départ


"Elle reprend le 1er... Elle est prolongée jusqu'au 17.. Elle sera là mardi... Est-ce que je peux compter sur vous ce soir ?...."

Je continue à bosser. (Presque) non-stop depuis le 19 septembre. Et jusqu'au 22 décembre au moins. On parle désormais d'incapacité pour celle que je remplace.

Ce travail m'a mis une claque derrière la tête.
Il n'y a pas de hasard ?

J'ai accepté au début parce que ce n'était que pour dix jours. Puis pour un mois.
Les fêtes arrivent.

Je travaillerai.

jeudi 31 octobre 2013

Conques, nourrices et phlyctène (part 2)


Comme toujours, et de plus en plus, tout dépend de la façon dont tu considères les choses.

Tu peux choisir de ne voir que le pire... présent ou à venir.
Tu peux décider que ta vie, finalement, est plutôt jolie.
Tu peux imaginer tout et son contraire, tu peux t'angoisser à l'avance, ou simplement sourire.

A la fin de mon premier contrat, en septembre, j'ai été prolongée jusqu'à aujourd'hui. Et puis encore, jusqu'au 17 novembre prochain. 

J'ai battu mon record personnel, en repassant et pliant 44 draps en 44 minutes.

Mon fils quitte ses employeurs incompétents : mais c'est lui qui est déclaré inapte... Méandres des procédures légales. 

Il est 9h du matin, je rentre. La rue est vide et silencieuse, les travailleurs sont au travail, les écoliers à l'école, les vieux vieillissent. Je travaille à nouveau ce soir, je m'endors à 13h. Qui a programmé le jardinier pour la haie d'en face, aujourd'hui, de 15h à 15h23 ? Je rêve de tronçonneuse qui tronçonnerait un trou... plus bas... là... Il est vraiment parti ? Je ne me rendors pas.

Clash à Londres, y a du retour dans l'air. A 22 ans est-ce qu'on a le droit de savoir précisément ce qu'on veut ? Elle se bat depuis si longtemps. Keep smiling.

Mon petit-fils a eu 5 ans. Le matin de sa fête, j'ai manqué les 6 dernières marches de l'escalier. L'avantage des bourrelets, c'est que ça amortit les atterrissages. Et j'étais déjà fêlée...

Argent, toujours : pour louer désormais, il faut passer les 3.000 euros mensuels, bosser depuis 5 ans, et présenter 2 garants. Ou accepter le trou à rats minuscule - bonus voisins compris - qui ne te bouffera pas les 2/3 de tes revenus. Parce que tu as la prétention insensée de vouloir travailler. Ma grande commence à désespérer. 

Quels mots traduiraient correctement, sans froisser, mon besoin vital de repli et de silence, entre deux nuits au travail ?  Depuis 40 jours, mon temps n'est plus le vôtre, je ne vous oublie pas pour autant. Je pars à 21h et je rentre à 9h. Sans avoir dormi. C'est mon choix.

Tout dépend de ton côté de la lorgnette.

Chaque nuit : 9 conques XXL de vêtements et linge de maison à laver, sécher, repasser, plier. Une cinquantaine de draps à empiler. Et 3 nourrices à remplir : café, lait, eau chaude. 10 tiroirs en métal : biscottes, croissants, confitures, sucre, beurre, miel et gâteaux ; tasses, couverts, sacs poubelle, verres ; couper le pain ; sortir le chariot. Pousser 52 portes, respirations suspendues, 20 protections à changer, 2 tournées dans la nuit. Relever ceux qui tombent, consoler ceux qui pleurent. Apaiser ces peaux qui tremblent de froid, de peur. Chaque matin 5 toilettes qui s'enchaînent au pas de course. De la peau, encore, des mots. Des sourires. "Je suis morte ?" me demande-t-elle chaque fois, en ouvrant les yeux. Je ne sais pas.

mercredi 2 octobre 2013

Tas, bassines et piles

J'aime bien ce boulot.
Et je le déteste aussi.

Le soir, à 21h30, j'enfile une blouse et un pantalon, et j'entre dans le four.
Malgré la fenêtre grande ouverte sur la nuit, la température de la pièce me saute à la gorge chaque fois.

C. est devant sa grande table, elle a commencé deux heures avant moi. Elle se retourne, sourit, c'est comme deux bras douillets et réconfortants qui m'enveloppent.

Me voilà devant la calandreuse et son rouleau qui ronronne, brûlant. A mes pieds, une, souvent deux bassines débordent de draps, blancs sur le plastique sombre.
La planche à repasser, immense, est un rempart dans mon dos : l'énorme réservoir de la centrale vapeur dort encore, je la brancherai tout à l'heure.

C'est parti.
J'attrape un drap, le plie en deux dans la longueur, et encore en deux. Mes bras se lèvent, s'écartent, se rabattent, je ne sens plus le tiraillement des premières fois : j'ai pris du muscle. Les doigts à l'abri des coins à peine repliés, je pousse le mille-feuilles de tissu sous la presse brûlante qui roule.
La première nuit, elle m'a terrorisée. Je l'imaginais avalant mes doigts, m'aspirant toute entière, je me voyais ressortir, plate et rouge, hurlant de douleur.
Aujourd'hui, elle grogne à peine quand le sandwich est un peu trop épais, et les draps roulent à la chaîne, un qui sort, un qui rentre, un que je plie, un qui sort... Je me brûle la pulpe des doigts chaque fois, mais c'est le prix à payer pour terminer à temps.
Sur la table à repasser, un mouvement ample pour redéployer le fantôme empêtré : et je replie, une fois vers le haut, une autre, une fois à droite, une dernière fois en haut. J'aime la main à plat pour effacer les derniers plis. J'aime les coins nets et le paquet compact que je dépose au bout de ma table. J'aime la pile qui monte, lentement, régulièrement, ses angles doux et ses lignes pures.
6 draps repassés, une petite promenade pour me dégourdir les jambes : je pose ma minipile tout en haut du rayonnage. On doit les compter, les noter sur le classeur. Chaque soir j'en dépose une bonne cinquantaine. La troisième nuit, je suis allée jusqu'à 63.

A 23h, j'attaque le repassage au fer. Les chemises, les pantalons, les robes, les tee-shirts des résidents. Les blouses et pantalons du personnel. Quelques mouchoirs, serviettes de table. C. continue à plier, encore, encore, des bassines entières de serviettes éponge, culottes, chemises de nuit, des chaussettes, des gants, des tabliers... Les casiers, vides à notre arrivée, se remplissent. Nous parlons, un peu, nous rions. La nuit s'enroule sur elle-même, dans un silence apaisant, étouffant le bruit obsédant des machines qui tournent et sifflent.
Et puis je pousse la table dans son coin. Un coup de balai, le filtre du sèche-linge à nettoyer... Il est minuit, c'est l'heure des changes. Je serre les dents : si je pouvais y échapper...

4 couloirs, 52 chambres, 63 résidents.
Pousser la porte, longer la salle de bains, m'approcher sans bruit du lit. Vérifier que son occupant respire.
Le premier soir, j'ai un peu triché. Ça me faisait peur, ces corps endormis, ces râles, ces odeurs fortes de fin de vie, pas très confortables. Je restais au bout du couloir, je guettais les draps pour les voir se soulever, et je battais en retraite le plus vite possible.
Et quelqu'un est mort. C'est ma collègue qui l'a découvert.
Depuis, je rentre, je m'approche, j'attends. 
Je voudrais ne pas avoir à faire ça.

Certains résidents doivent être changés.
C'est encore pire.
Entrer en allumant le plafonnier, hurler presque qui on est, et enlever les draps et couvertures... parfois ça ne les réveille même pas, et ils sursautent quand tout à coup 4 mains se posent sur leur corps exposé, nu, tremblant autant de peur que de froid.
Souvent il faut changer le drap, trempé. On essaie de limiter au maximum les manipulations, le bruit, le temps passé. Mais tout de même, quelle agression !

Et puis il y a les nuits-caca. Celles où les protections fuient. Où les couches sont visitées, baissées, arrachées... Les ongles souillés, les chemises de nuit et tee-shirts saccagés, les draps, couvertures, dessus de lit... Tout enlever, tout nettoyer, tout remplacer par du propre, du net : des fois, les draps sont encore chauds de leur repassage.

Il faut faire vite. Mes gestes se sont faits de plus en plus efficaces et précis au cours des nuits. Je tiens pourtant à la dimension humaine de mon travail : ces corps que je retourne, ces peaux que je nettoie, ces membres que je déplie, doucement, précautionneusement, ce sont des personnes, des vies, ils entendent, ils voient, ils sentent. Ils ressentent. 
Au début, C. semblait agacée de mes précautions, de ma lenteur apparente. Mais les nuits se sont adoucies, visiblement : "mes" résidents, enveloppés d'humanité, ont traversé les heures plus sereinement, il y a beaucoup moins de hurlements, de cauchemars, de sonnettes... 

Nous descendons en cuisine, préparer le chariot du petit déjeuner. Nouvel enchaînement de gestes mécaniques, petite musique bien réglée, minutée : bols, biscottes, beurre et confitures, les verres, les serviettes, couper le pain, verser l'eau chaude. 
Juste avant, j'ai traversé la pelouse pour jeter la poubelle, la lune fraîche sur l'herbe mouillée, l'air immense, libre, que j'ai respiré en force, mes cheveux trempés que j'ai recoiffés, ma blouse humide qui m'a fait frissonner, un peu.
C'est bientôt fini. 

Une heure de pause, si on s'est bien débrouillé même un peu plus. Transmissions écrites, on bavarde un peu plus, on s'allonge. L'oreiller est frais et moelleux. Difficile de m'endormir vraiment, je poursuis mes idées ici et là.

4h. Que c'est dur. Comme chaque fois, je promets de ne plus me laisser avoir, de rester éveillée, assise, en activité. Je me sens rouillée. Cassée.
Pourtant il faut repartir dans les chambres, guetter les souffles, changer les couches énormes, chargées, puantes. Cette fois le sac poubelle est lourd sur le trajet, l'air est froid, hostile. 
5 heures et demie, nouveau tour en cuisine : le café passe, le lait bout. Le chariot peine à entrer dans l'ascenseur.

Et il est déjà 6h. Nouveau chargement sur mon chariot, je suis seule désormais, j'ai 6 toilettes à  faire. 
Une douche, B. a 60 ans, et le QI d'une enfant de 4 ans, qui râle parce que je la lève, et qui voudrait bien jouer avant le petit déjeuner. Pas le temps.
Une toilette au lit, Mme E. n'a plus qu'une jambe, au pied coupé à moitié, elle est obèse et très angoissée, je dois respecter les rituels à la lettre, sous peine de devoir passer une heure dans sa chambre. Pas le temps, pourtant.
Et une petite mamie, complètement désorientée, ses questions me font de la peine, "je dois avoir 80 ans ? je crois que ma fille est morte... Où est maman ? pourquoi cette dame dort dans ma maison, qu'elle parte dans sa chambre !" Elle se laisse faire, docile, je l'habille et la conduit dans le hall, elle me supplie : "Vous allez revenir me chercher ?" Non. Je n'ai pas le temps.
Je fonce à nouveau au premier étage, avec un peu de chance je doublerai le chariot du p'tit déj, et je pourrai faire tout de suite le lit de cette dame si élégante, qui se prépare seule. Je dois juste vérifier qu'elle s'est levée et habillée. "Vous avez bien dormi ? Bonne journée !"
Madame J. m'accueille avec la joie d'un chiot frétillant, défaillant de bonheur. Elle parle, parle, parle encore, pendant que je la lave, assise sur les toilettes. Aujourd'hui, elle n'a pas sali le lit. Mais mettre son dentier la fait vomir, et je suis au bord de l'écoeurement moi aussi, lorsqu'il me faut récupérer l'objet du délit qui flotte dans la bassine. Il est 8h, vite vite, je n'ai pas le temps. Elle pleure chaque fois que je quitte sa chambre.

Et puis il y a Mme R. 
Le premier matin, déjà très juste sur mon planning, j'ai été dépassée par son corps crispé, recroquevillé avec acharnement. Je me suis battue avec sa chair dure, ses doigts crochus, son regard noir. Je lui ai enfilé une robe, l'ai posée dans son fauteuil, attachée... J'ai regretté la robe à peine passé la porte du couloir. Mais j'étais en retard, pas le temps de recommencer.
Le lendemain, j'avais décidé de lui faire sa toilette au lit. Je suis arrivée dans sa chambre à l'heure où j'aurais dû partir : elle était installée dans son fauteuil, trempée, les restes de petit déjeuner coulant sur son menton et sa chemise.
Le combat a été plus rude encore que la veille, elle a jeté toutes ses pauvres forces dans la bataille, pour résister encore et encore à chacune de mes tentatives. La déshabiller, la laver, la sécher.. la remonter sur le lit où notre corps-à-corps l'avait jetée de travers, attacher correctement la protection, enfiler le pantalon, plus pratique que la robe... mais si difficile à remonter.
A 9 heures et demie, il me restait à lui enfiler ses chaussures. Et mes yeux sont tombés sur les bas de contention, flambant neufs sur la table de nuit. Je les avais oubliés la veille, pas question de les zapper cette fois.

La nuit avait été interminable. Je n'avais pas encore pris le rythme, et j'étais épuisée. Je n'avais pas eu le temps de manger la veille. Et je travaillais depuis 12 heures d'affilée.
Quand la kiné est entrée dans la chambre, et m'a vue accroupie par terre, au pied du lit, les larmes aux yeux, elle a cru que j'étais tombée. Mes sanglots, libérés, ont couvert mes explications décousues. Elle a enfilé les bas à Mme R., l'a transférée sur son fauteuil, et m'a serrée dans ses bras, très vite, très fort. J'ai fait rouler le fauteuil jusqu'au hall, débordante, perdue, j'ai répondu à ceux, celles qui me croisaient, et je me suis enfuie.
Le lendemain, Mme R. n'était plus sur mon planning de toilettes. 
Quatre jours plus tard, elle mourait.  

dimanche 29 septembre 2013

"Patience ! Avec le temps...


...l'herbe devient lait."

Où en est-on ?
J'ai digéré la nouvelle, expédié ma fille à Londres (tout est ok, et just fantastic !), donné un coup de main à mon autre fille (qui attaquait la rentrée avec 2 nouveaux contrats d'assmat et son loustic qui ne veut pas aller dans sa classe "trop nulle !"), et remis les pieds dans mon atelier... il était temps !
J'ai aussi couru les administrations et autres bureaux d'aide sociale ... oh, je vois que vous vous souvenez à quel point j'adore ça ! Je me suis pendue au téléphone de longues minutes, et j'ai renvoyé une autre dizaine de candidatures pour des emplois tous plus bizarres les uns que les autres (mais ça fera sans doute un autre billet, ça)

A priori...
Je l'ai dans l'os.
Et là, je suis polie, bien sûr.
(En vrai, là où je l'ai, y a pas d'os, enfin, pas aussi profond, enfin, vous saisissez, pas besoin d'un dessin quand même !)
Je l'ai aussi en travers de la gorge.
Ouais, ça remonte haut.

J'ai signé - de mon plein gré - un contrat d'agent non titulaire, pas contractuel ni vacataire, la nuance est d'importance. Donc je rembourse.
Je ne peux pas remplir de dossier de surendettement, car je suis autoentrepreneur : la seule option ici est la liquidation judiciaire. Et je m'y refuse : ça fait 3 ans que je me bats pour faire exister ma marque, je commence tout juste à en récolter les fruits, et il faudrait que j'arrête ? No way.
Et quand je présente mon CV pour tout ce que je peux trouver à faire là, tout de suite, maintenant, j'ai des réponses aussi étranges que "On ne va pas mettre une enseignante au ménage, quand même..."
........
Quand j'ai une réponse...
Signalons le merveilleux : "Vous n'avez pas le bon âge : plus jeune on m'aurait donné des aides pour votre embauche, plus vieille aussi, mais là... et je vais devoir vous payer plus cher qu'un petit jeune qui débute, en plus."
En plus.

Mais...
Restons positifs, voulez-vous ?

Le titre exécutoire ne sortira qu'en mars 2014, ce qui me laisse une jolie marge de 5 mois.
Lorsqu'il sortira (je ne peux rien faire sans...) il me faudra plaider ma cause auprès du Trésor Public, et mettre en place un plan de remboursement. "Même si ça me prend 6 ans ? - Même. - Sans intérêts de retard ? - Sans."
Bon.
Si tu le dis.

Mes indemnités de chômage courent jusqu'à mi-février 2014. 
J'ai demandé l'agrément d'assistante maternelle, et vais reprendre les 3 contrats de ma fille, qui partira sur Montpellier au début de l'année prochaine.
Actuellement, j'ai un CDD de lingère/aide-soignante de nuit dans une maison de retraite, jusqu'au 30 septembre (mais peut-être plus, si le genou de celle que je remplace ne se remet pas...). Ça me rallonge mes jours d'indemnisation, et rajoute des lignes dans mon CV.
Et j'ai un marché de Noël qui se profile, le 17 novembre prochain, je recommence à faire du stock.

Autant vous dire que je ne sais plus vraiment quel jour on est, quelle heure est-il, qu'est-ce qu'on mange aujourd'hui...

Et on s'en fout pas mal hein ?!
Tant que je suis à l'heure au boulot...


mercredi 14 août 2013

Time out


Mardi 20, dernier marché nocturne.

J'ai hâte. Je suis fatiguée, ça ne marche pas très bien.
Pas du tout en vérité.
Ce n'est pas le produit-cible, sans doute : énormément de passage, de "Oh c'est trop beau/mignon/chouette !", mais pas d'achat. Je donne ma carte, je dis que j'expédie dans toute la France...
J'encaisse chaque départ comme un coup de poing au ventre, ça me laisse le souffle coupé quelques minutes... jusqu'au potentiel client suivant, qui s'approche, tâte, montre "t'as vu comme c'est chou ?!", et s'éloigne à son tour.

Le mercredi, après une courte nuit (je rentre vers minuit trente, m'endors difficilement, me réveille à 6h...) je suis cassée : hébétée, sonnée par l'effort fourni pour sourire, expliquer, argumenter... Je décharge la voiture, je la gare à l'ombre, j'erre, incapable de faire quoi que ce soit.
Le jeudi, le vendredi, je couds toute la journée, à toute vitesse, je crayonne des idées, je mets le bazar dans mes tissus, j'essaie, je rate, je m'énerve, je triomphe.
Samedi, dimanche, le rythme se ralentit, les pauses sont plus longues. Courses, plage, télé, ordi. Je pense à mon déménagement. A la rentrée. Je téléphone.
Lundi... En général, j'ai un tas de trucs administratifs à boucler. Ou du quotidien pas marrant, ménage, lessive, vaisselle, qui s'accumulent... Pas trop le temps de m'approcher des machines, et le soir, trop fatiguée pour être productive.
Et mardi arrive. Je me lève en espérant qu'il pleuve. Oh s'il vous plaît s'il vous plaît faites qu'il pleuve !! A qui peut bien s'adresser ce genre de prières ? Il ne pleut pas.
Si, il pleuvra 5 ou 10 minutes, le soir, en plein milieu du marché, sur le stand installé qu'il faudra protéger en urgence. Et sur les visiteurs qui courront se mettre à l'abri, et qu'on ne reverra pas de la soirée.
Comme je me force à y croire quand même, je mets la dernière main à tout ce que je peux. Urgence. Panique. Je dois partir à 16h15. Tic, tac, tic, tac...
Je charge mon coffre, je respire un grand coup. Et c'est reparti.

Mardi c'est le dernier.
Enfin.

samedi 10 novembre 2012

Merci



Bon, c'était prévisible, je ne suis pas finaliste.

Ce genre de sélection (vote par face de biquette) est d'une grande injustice, pour ceux qui ont un réseau volontairement abstentionniste --> "Non, je n'ai pas FB - Si, j'ai un compte mais je n'y vais jamais - Non, je refuse les applis qui exigent de partager mes infos privées"

De plus, c'est censé te permettre de te faire connaître, or, pour l'emporter, il te faut déjà être pas mal connu ! Sur ma catégorie, la première a plus de QUATRE CENTS votes ... Et sur d'autres catégories ou régions, ça grimpe à 800 ! 
Je suis désolée, mais la créatrice qui peut mobiliser 800 personnes en deux semaines a-t-elle VRAIMENT besoin d'un coup de pouce pour se faire connaître ? Hum...

Quand même, je tiens à vous remercier sincèrement, parce que terminer en 22e position (sur plus de 200), en première page, avec 34 votes, c'est déjà extraordinaire à mon niveau !
Alors, encore merci, pour votre soutien, pour votre présence à mes côtés, pour vos messages et vos encouragements.

Du coup, j'ai remis la tête dans mon armoire à tissus, et réouvert le blog Chez Grignotte : ce week-end, j'y rajoute quelques nouveaux délires créatifs : et hop, un petit coup de tremplin !

jeudi 25 octobre 2012

Go !

Je n'aime pas trop ce principe, d'être dépendant de son carnet d'adresses pour être sélectionné, mais pas le choix ici.
Donc, je vous appelle à la rescousse, parce que mon nombre d'amis sur FB est ridicule, deux mains suffisent (han, je réalise que dans la vraie vie aussi, mais que ce n'est pas ridicule, pour le coup........)

Je me suis inscrite au Tremplin des Créateurs, la première phase débute aujourd'hui, jusqu'au 8 novembre, et demande un max de votes pour passer à l'étape 2 : le vote du jury.

Un seul vote par personne pour les 15 jours, d'où l'intérêt pour moi d'avoir accès à vos listes d'amis. Mais, petite consolation, vous avez une chance d'être tiré au sort pour gagner des bons d'achat de 100 ou même 500 euros ! En cette période de pré-Noyel, ça pourrait valoir le coup....
Surtout que sur ALM, il y a des taaaas de créateurs sympas, si si, allez-y vous verrez ! Et pour tous les budgets, des fois que le bon d'achat vous passe sous le nez.......

Voilà, je vous colle le lien de ma participation
dites-moi si ça marche
et faites tourner !

Merci !!

mardi 18 septembre 2012

Motivation


L'année de mes 45 ans a été plutôt sympa, dans l'ensemble.
J'ai attaqué avec un voyage-surprise en Turquie, j'ai touché mon indemnité de départ, mon livre a été publié, j'ai déménagé, j'ai réussi à retourner au travail, et le 31 décembre, j'ai invité des amis pour le réveillon (bah pour qui me connaît IRL, c'est un exploit...)

L'année de mes 46 ans est absolument détestable. Surtout dans les détails. 
J'ai attaqué avec deux mois de famine, je n'ai pas touché d'allocs de la CAF (et ne les toucherai pas), j'ai dû fermer mon blog de vente, et rendre mon appartement, j'ai vendu 2 bouquins (à des inconnus), je me suis vautrée au concours infirmier, et mes vieux démons reviennent au triple galop, alors que personne ne les a sonnés, hein...

Crise de la quarante-sizaine oblige, le ciel gris n'arrangeant rien, en ce mardi maussade me voici ruminant mon triste sort à la médiathèque, où je lis un 26ème album à Maxence en attendant de retourner chez sa mère - elle passe l'entretien d'agrément justement cet après-midi, quand son fils n'a pas dormi de la nuit, et a hurlé dès 6 heures du matin "J'veux pas aller à l'école aujourd'huiiiiiiii !!"

Je rumine, donc. 
La liste complémentaire s'est arrêtée à 40, la rentrée à l'IFSI pour cette année est définitivement impossible. 
Les inscriptions à l'IED-Paris 8, pour une licence psycho par correspondance, s'arrêtaient hier, 17 septembre. De toute façon, j'étais bien loin de disposer des 199 + 186 euros demandés.
Mon contrat s'arrête le 31 octobre, à la crèche. Ensuite, éventuellement, suivra un autre contrat pour compléter le 80% de la collègue - 7h par semaine, tous les mercredis... au maximum jusque fin mars, pour ne pas perdre mes indemnités chômage si durement acquises.

Je tourne en rond.
Toujours les mêmes obstacles, depuis des années.
Des idées, plein, mais faut des sous... et j'ai rien.
Rien que ces p*tains d'envie qui me tiennent debout, pleine d'espoir qu'un jour...

Fin de l'entretien.
On remonte dans la voiture, l'enfant épuisé (mais sage) et moi. On retrouve sa mère, qui cueille sur le pare-brise le PV que je n'avais même pas vu. 
Je n'en peux plus. 
Il faut que ça change.

Les années qui se finissent en 3, dans ma vie, sont bouleversantes. Par paire, a priori.
Ruptures géographiques d'abord : en 73 je suis partie vivre en Guadeloupe, en 83 je suis revenue en métropole. Avec les chocs climatiques et culturels qui s'imposent.
Ruptures sentimentales ensuite, en 93 j'ai divorcé, et en 2003 ... ça ne se raconte même pas... pas de mot pour cet adieu-là.

Alors ?
Qu'est-ce que je vais fracasser en 2013 ?

Oui je sais : l'année (pourrie) n'est pas finie.
Si ça se trouve...



jeudi 19 juillet 2012

Été



"Ignore-le....

Des journées hyperchargées.
Toujours la course aux papiers, aux sous, aux dossiers qui coincent.
Les travaux à la crèche, qui terrorisent les bébés trop nombreux.
Embouteillages, soleil accablant... oui, je suis privilégiée, je peux me plaindre d'avoir trop chaud.
Des nuits si courtes, des matins survoltés.

J'aimerais bien gagner au Loto.
Et faire ce que je veux de mes journées.

... Il finira par se lasser"



jeudi 31 mai 2012

C'est quand qu'on dort ?


Ils ne dorment toujours pas ! Bon sang de bois je viens de piquer une crise pas très loin des gros mots, m... je veux dormir MOI !
Du coup, j'ai écrit mon oral... Cadeau !

Convoquée à 13h30 pour le tirage au sort, on a finalement attendu un très gros 1/4h avant de monter, une vingtaine de personnes, 4 jurys, j'ai eu le 4 en ordre de passage (sur 5), grosse attente en perspective !
Je suis finalement passée en prépa à 15h10, 10 minutes sur le sujet (commun à tous) :
Qu'est-ce que soigner veut dire pour vous ?

Mon plan très rapide :
I - SOIGNER
- donner un soin / c'est un geste technique, appris, varié --> pansement, médicamentation, manipulation, prise de sang, de tension, etc
- prendre soin de qqu'un, c'est un suivi global, cette personne a un passé, un futur, elle n'est pas qu'une plaie ou un besoin ---> "être aux petits soins", écouter, respecter, accompagner, éduquer, le rôle du soignant n'est pas simplement technique, nous travaillons avec l'humain, importance de la bientraitance
- avoir soin de (sa pratique) ---> rigueur professionnelle, dans les gestes, l'hygiène, les dosages / travail en équipe (importance de la collaboration, des transmissions, en amont, en aval) / prise de décisions qui ont des conséquences 
- puis, pour "ouvrir" vers la deuxième partie, soigner, ce n'est pas SE soigner : éviter la réparation, l'abus de pouvoir, la domination sur la personne dépendante

II - POUR MOI
Soigner, c'est avant tout accompagner, être sur le même chemin, avec mes forces et mes connaissances, mais aussi mes lacunes et ma soif d'apprendre toujours de l'autre
C'est une relation AVEC l'autre, qui transforme forcément son devenir, vers le mieux lorsque c'est possible (guérison, autonomie retrouvée, besoin satisfait) mais ça ne l'est pas toujours (rechute, aggravation, décès) 
C'est appliquer constamment la bienveillance, un a priori positif, encourageant, qui soutient

Jury : un cadre de l'hôpital, qui gigotait, regardait par la fenêtre, me lançait des questions courtes sur un ton peu chaleureux (qu'est-ce que vous savez de la formation ? Organisation, vous allez faire comment ? Le financement ? C'est lui qui a attaqué l'entretien, en disant : "vous nous dites soigner c'est parfois se soigner, dites-nous-en plus."
La psy a enchaîné, je crois qu'ils voulaient que je dise qque chose mais je n'ai pas su quoi, mes réponses ne leur convenaient visiblement pas ; du coup, la psy a dit : "peut-être que vous dites ça à cause d'une expérience personnelle..." et là j'ai pu expliquer mon ressenti, en tant que patient, d'avoir été utilisée par certains soignants pour leur satisfaction personnelle, effectivement. Ça a coupé presque net ce pan du sujet, on est passé très vite à autre chose.
La formatrice de l'école ne parlait presque pas, mais souriait beaucoup, et écrivait des kilomètres de notes !! Quelques questions et sujets abordés (mais je ne me souviens pas de tout forcément !)
- vous vous voyez infirmière ?
- 3 ans de formation c'est long, ça ne vous fait pas peur ?
- le travail en équipe ?
- qu'est-ce que vous faites en dehors du travail ? j'ai répondu que j'aimais beaucoup tout ce qui était manuel, bricolage, bidouillage, couture, tricot, cuisine et la formatrice s'est exclamée : Ah, vous allez vous éclater alors en chirurgie, on bidouille à fond ! Éclat de rire général ! 
- pourquoi infirmière, l'auxiliaire de puer soigne elle aussi, ah non, pour moi elle prend en charge plutôt, pour pallier l'absence du parent (crèche, hôpital, pouponnières) j'aime la minutie et la rigueur de l'infirmière
- la rigueur, c'est une de vos qualités donc, vous avez des défauts ? oh oui, je suis bordélique ! éclat de rire, surtout quand j'ai rajouté "quand je range je ne retrouve plus rien !" et directive aussi, je dois tourner ma langue dans ma bouche et laisser faire les autres à leur façon, pas forcément à ma façon.
- en équipe ça doit vous poser problème ? surtout à l'hôpital, ça va coincer en stage ? non, j'ai fini par comprendre avec l'âge que je ne suis pas là pour révolutionner le monde, j'ai une façon d'aborder l'autre qui n'est pas forcément compatible avec le rythme ou les pratiques habituelles à l'hôpital, à moi de défendre mes valeurs, sans piétiner celles des autres.
- vous vous êtes préparée seule, pourquoi ne pas avoir suivi une prépa ? (ça coûte cher, et je travaille) comment avez-vous fait ? (livres, internet, beaucoup de pratique : les test P ont vraiment été galère pour moi...) Là elle soulève sa feuille, en regarde une autre (cachée) et s'exclame : Mais ça en valait la peine, tout ce travail ! ---> du coup je me demande si elle avait mes notes d'écrit ?? normalement ils ne les ont pas...

La psy (qui menait clairement l'entretien, difficile de lui répondre en regardant aussi les deux autres) a dit "moi je n'ai plus de questions, et vous ?" les deux autres ont dit non non, moi ça me va aussi. Grands sourires satisfaits (il me semble), je me suis levée, ai dit "Bon bien au revoir et bonne après-midi", et je suis partie à 15h50, soit 20 minutes après être rentrée.

Voilà, je suis plutôt contente dans l'ensemble. Résultats le 12 juin, c'est reparti pour l'attente !

samedi 19 mai 2012

Agenda

Oral le 31 mai.
Juste après l'état des lieux de l'appart en haut.
Juste avant l'emménagement de la Zazoune dans son premier appart.
En espérant qu'on aura fini celui de la Nanette et de sa fripouille.
Et que les retrouvailles avec la psy ne m'auront pas trop cassée.
Je ne peux pas aller à Paris.
Ça, ça me casse. 

mercredi 25 avril 2012

En avance

16h au lieu de 18h, ils sont gentils ou ils ont eu pitié de moi.

ADMISSIBLE !!

Yepah.

En route pour les vraies révisions.

jeudi 5 avril 2012

Pressée


Une pause ?
Je travaille tous les après-midis, et je bricole tous les matins. Déménagement, aménagement. Si tout va bien - je répète : si tout va bien ... - on aura terminé la salle de bains, la cuisine et les 2 chambres en bas ce we. Vases communicants : les pièces correspondantes en haut seront bouclées aussi.
Déchetterie mon amie : une dizaine de trajets ces deux dernières semaines sont venus à bout de l'extérieur d'en bas. Reste à désosser le sommier et la cage des lapins, ce sera un chargement "long" : comprendre, qui dépasse du coffre ouvert. La pluie - qui s'installe - a retardé la phase II : l'extérieur d'en haut. Il faut attendre que ça sèche un minimum... Une autre dizaine de trajets en perspective.
Côté boulot : RAS. Équipe très reposante, c'est la première fois que personne ne dit de mal de personne, jamais. Et le respect de l'enfant, en tant qu'individu à part entière, est là. Juste à côté de l'humour, et de l'entr'aide. Ça me ferait presque regretter de ne pas être en CDI.
Mais non. Le mi-temps me va très bien ! Et je me projette de plus en plus à l'IFSI à la rentrée prochaine.

L'IFSI. Institut de Formation aux Soins Infirmiers. Où en est-on ?
Les tests psychotechniques de la société Prométhée... çui-là qu'on lui arrache le foie pi qu'il repousse à chaq'fois... Moi chaque nuit, je tourne et je retourne ma "stratégie", j'y repense, je soupire, je triomphe, j'ai peur.
Pour rappel : c'était un livret de 119 questions, à compléter en 2h. Ce qui nous donne déjà, au départ, moins d'une minute par réponse. Après avoir lu tout le livret (2 minutes en moins) j'ai décidé de commencer par l'épreuve d'attention, tant que mon esprit était frais et frétillant ... ! Du coup j'ai trouvé ça plutôt simple. Échauffée, j'ai continué avec les suites logiques, où j'ai complété les 2 premières pages, laissant la 3e pour plus tard, éventuellement.
Une pause (pour moi...) en avalant le vocabulaire, simple, presqu'ennuyeux. Un passage en géométrie, avec les points à relier : il me semble que j'ai eu un doute pour deux ou trois questions, sur seize. Puis j'ai espionné mes voisines : elles se prenaient la tête sur les calculs, et visiblement remplissaient le livret dans l'ordre. Pour moi, cette partie était du domaine de l'impossible ou presque. Ce n'est pas que c'était difficile, ou compliqué, mais je mets trop longtemps à calculer. J'ai donc misé sur le fait que beaucoup, autour de moi, étaient surentraînés à cette partie des tests (comme aux suites logiques) et répondraient sans doute juste à un maximum de ces questions, ce qui plaçait la barre très haut pour moi. Est-ce que ça valait le coup de perdre autant de temps pour si peu de points ? J'ai zappé toute la partie numérique sauf une question, histoire de montrer que je savais le faire. Et j'ai attaqué le test d'organisation.
Sur les forums que j'ai parcourus depuis, les avis sont unanimes : il est infaisable. A part les toutes premières questions, que j'ai résolues difficilement, les jetons, leurs boîtes, leur nombre, leurs couleurs ont flanqué tout le monde au même niveau : par terre ! Un autre test qui lui ressemble, avec des voitures dans un parking, couleurs, marques, options, cv... a été jugé tout aussi ardu. Du coup, il me semble que finalement, avec mes 6 réponses dont je suis sûre, je ne m'en sors pas trop mal.
Au début de l'épreuve, ils nous ont prévenu que les fausses réponses ne retireraient pas de point, mais seraient comptabilisées. Je me demandais à quoi ça correspondait. Toujours sur les forums infirmiers, j'ai trouvé ces explications : la meilleure copie est celle qui a le plus grand nombre de réponses justes. On lui attribue la note de 20/20. Viennent ensuite les copies qui ont moins de bonnes réponses, selon un barème décroissant. Par exemple, 20 pour 62 bonnes réponses, 19.5 pour 59, 19 pour 56, etc. Ensuite, on compte les réponses fausses, toujours par rapport à la meilleure copie notée 20. Admettons qu'elle ait 24 réponses fausses (on ne compte pas les non-réponses). La copie qui aura le moins de fausses réponses, par exemple 5, établira le barème par rapport à sa différence avec la meilleure copie (ici 19) et les points à accorder en plus aux copies concernées, par exemple + 4 points pour 19, + 3 points pour 15, etc.
Moi j'ai répondu à 69 questions, je suis absolument sûre d'au moins 50, je compte en gros une vingtaine d'erreurs. Soit 70% de réponses, dont 15 à 20% d'erreurs possibles. Certaines nuits ça me semble tout à fait prometteur, d'autres nuits j'imagine le pire, le 8/20 éliminatoire...


La culture générale ensuite.
1ère question, reformulez le titre, dégagez les idées principales, ça va, je suis tranquille, j'ai tracé 5 paragraphes suffisamment clairs et distincts.
2ème question, que j'ai traitée en dernier, les doutes s'installent. En y repensant, mon commentaire de l'extrait du texte était trop atypique. Il me semble qu'en muselant à tout prix ma propre vision des choses, pour mieux argumenter celle des auteurs, j'ai fini par perdre le fil rouge, je suis partie trop loin du texte. Et c'était pourtant le but de la question !
Et la 3ème question, "Est-il aisé de préserver son intimité ?"... A lire les forums, les brouillons de ceux qui ont eu ce sujet, et les commentaires des autres, je me suis plantée sur deux points : je suis restée dans le cadre de l'intimité médiatique, sans ouvrir sur la pudeur (d'un patient à la toilette par ex) ou la dépendance due au handicap, entre autres. Et je n'ai cité aucune référence, aucun texte, aucun événement d'actualité ou non, pour illustrer ma réponse.
Donc, je passe d'une "honnête moyenne" envisagée à la possibilité d'une note inférieure à 8/20, éliminatoire donc. A moins que le reste des candidats ait commis les mêmes erreurs, auquel cas mon orthographe et mon écriture (3 points tout de même) me sauveront du naufrage...


De toute façon, je ne me prends pas la tête (hum, ou si peu...) : si je suis admissible le 25 avril, j'irai à l'oral plus sereine qu'à l'écrit. Et si je ne suis pas retenue, tant pis, je n'y perds rien, à part les 78 euros d'inscription.
En attendant, je bricole, je travaille. Et je déménage !

jeudi 22 mars 2012

Ça l'fait !

Après une nuit à peine entrecoupée de quintes de toux, et un réveil tardif par rapport aux précédentes (5h15, c'est mieux que 3 ou 4 non ?) mes idées sont plus claires, enfin.

Donc, hier : concours IDE, épreuves d'admissibilité. Les enjeux : au moins 8/20 aux deux épreuves, tests psychotechniques et culture générale ; et une moyenne de 20/40 pour être sélectionné.
Pas inaccessible.
600 et quelques candidats, 95 places en 1ère année, dont 10 reports, et 19 réservées aux aides-soignants/auxiliaires de puer. Il en reste 66 à décrocher.
1 chance sur 10.

Les tests pour commencer.
2h, 119 questions, une grille-réponse à noircir soigneusement car corrigée par l'ordi. Pas de points en négatif en cas de mauvaises réponses, mais elles sont comptabilisées quand même. Du coup, je n'ai pas osé répondre au hasard, comme mes voisines qui ont tout noirci.

Je parcours tout le livret avant de commencer, m'attaque à l'épreuve d'attention (11 questions).
5 dessins représentant des doigts, pouce, index, cinq doigts, pouce et index, index et majeur. Ils sont représentés en colonne, et 3 phrases accompagnent chaque colonne : pouce est au-dessus de cinq doigts, index et majeur est entre index et pouce, cinq doigts est au-dessus de index. Il faut indiquer combien de propositions sont vraies.
La difficulté est surtout de se détacher des mots (pouce, pouce et index, index se mettent vite à danser la ronde) donc je surligne chaque dessin et son nom en couleur, et l'exercice est bouclé en 20 minutes. 

Logique (17 questions) : un alphabet de 8 signes, comme du braille, présente des suites à compléter. Une fois chaque signe remplacé par une lettre de l'alphabet, pas de problèmes majeurs, ACEG? une dizaine de minutes encore. L'heure tourne quand même vachement vite.

Vocabulaire maintenant (19 questions). En exemple, une suite de mots censée représenter une progression : maigre - gros - gras - obèse. Puis des listes de mots numérotés. Pour chaque liste, 4 combinaisons de 4 chiffres, parmi lesquelles il faut retrouver la seule qui présente une progression. L'exemple le plus pertinent dont je me souvienne : compliqué - obscur - impénétrable - abscons. Sachant que les combinaisons associées étaient du style clair - table - noir - sabot. Quelquefois la logique était claire, d'autres fois les mots assemblés pouvaient faire l'affaire : le doute obligeait du coup à vérifier chacune des autres combinaisons. Un quart d'heure de plus. Il est 14h15, il me reste 5 séries !

J'attaque en vitesse l'organisation spatiale (16 questions) : des points à relier pour former des carrés, des triangles ou des trapèzes. Ces figures peuvent être déplacées ou renversées. Il faut retrouver la seule disposition de points qui ne permet pas de reconstituer les figures données en exemple.
Compliqué à décrire, mais relativement simple. Je mets à peine dix minutes, j'ai le temps de me pencher sur les questions numériques. 
9 questions qui tournent autour des fractions et des pourcentages. Un commerçant vend 2/5 d'un rouleau, puis 6/11 de ce qui reste. Il a maintenant 16 mètres. Combien avait-il de mètres au départ ? QCM de 4 réponses possibles, dont 3 chiffres et un maudit Autre réponse ! Je ne fais que celui où le type fait un bénéfice sur une somme placée au départ, je ne me souviens plus des chiffres mais ça tombait juste pour 1/5.
Puis 9 questions sur les perfusions, à diluer, à faire passer... Combien d'actif on retrouve dans 500cm3 dilué à 12%, et si ça passe en 2h quel est le débit ? Ciao hein, même pas essayé, ce genre de calcul doit se faire en mode automatique, et je n'ai pas ce bouton ! Sans compter que ça rapporte très peu de points, puisque tous les candidats (sauf moi !) sont hyper-entraînés là-dessus...

15h30. Plus qu'une heure. Les questions 17 à 31 sont des suites logiques à base de figures et dessins plus ou moins compliqués, j'y reviendrai si j'ai le temps. Il ne reste plus que le test d'organisation. En moyenne, il est donné pour 45mn. Quand je m'entraînais, il me fallait une heure pour tout finir. Je suis dans les temps.

Voyons ce monstre. Accrochez-vous.
7 casiers. 7 couleurs. Dans chaque casier, un nombre de 1 à 7 jetons, tous de couleur différente.
Jusque-là, il me semble que j'ai bien compris.
3 indications du type : dans le casier I se trouve 4 jetons. Le casier II a 1 jeton bleu mais pas de jeton brun.
Je trace un tableau de logigramme classique, y inscris mes déductions. C'est maigre. Et tout de suite, 2 questions !! 3 affirmations, indiquer combien sont vraies, 3 nouvelles affirmations, indiquer combien sont fausses. Le casier I est celui qui ne contient qu'un seul jeton... Bah, euh, tu viens de me dire qu'il en avait 4 ?? Le casier II n'est pas celui qui contient 7 jetons... Mais comment tu veux que je le sache, abruti ?
Je commence à m'agacer légèrement...
Nouvelles indications, tout aussi succinctes : le casier IV contient plus de jetons que le casier V, mais moins que le casier VI... Et nouvelles questions, les mêmes : des vraies ? des fausses ?
Je continue tant bien que mal, voici les 3 derniers indices pour remplir ces p%*§ains de casiers. Mon tableau a triste mine, il manque 2/3 d'infos au moins. Et d'un coup je réalise que je me plante depuis le début ! Il n'y a qu'1 jeton de couleur 1, mais 2 jetons de couleur 2, et 3 de couleur 3 etc. Du coup, si le casier II n'a pas de jeton brun, il ne peut pas avoir 7 jetons !
Je revois toutes mes réponses précédentes, m'embrouille encore plus dans les négations et doubles négations affirmatives, corrige sur la grille, me plante encore... Euh, tu peux me passer ton Tipp-exx s'il te plaît ?
Je tourne la page. Maintenant plus aucun doute ne subsiste .... Mais ?! Ils se fichent de moi en plus ?? Vous pouvez répondre à toutes ces questions ! Suivent 11 questions du genre : combien font les jetons orange plus les jetons bleus ? quelle est la couleur présente sur un seul jeton ? Quel casier a 3 jetons ?
Mais mais mais.... je n'ai aucune réponse !!! Je me rue sur mon pauvre tableau, le triture et le torture dans tous les sens, miracle, le violet il est tout seul, et une réponse à noircir, ouais ! pi du coup, le casier III a 3 ou 4 jetons, ce qui fait plus que les 2 ou 3 du casier IV, mais ça doit être 3 puisque le casier V ne peut en avoir que 3 ou 4 aussi... Je noircis en vitesse 4 réponses de plus, il reste 10 minutes, mais.... comment ça se fait, c'est le casier VI qui a le jeton violet, alors comment le II peut-il avoir 7 jetons ?
Je m'énerve franchement, essaie de trouver où je me suis plantée, l'heure tourne, la tension est palpable dans toute la salle. Tant pis. 
Je passe les 5 dernières minutes à tenter des calculs "en gros", mais sur son brouillon ma voisine à côté a trouvé 68 là où étaient proposés 88, 67 et 76 : trop risqué, je ne me hasarde pas à mettre "autre réponse" partout, ma feuille restera incomplète.
"L'épreuve est terminée. L'ÉPREUVE EST TERMINÉE ! MAD'MOISSELLE !!!" Euh, on est 450 dans la salle, et des mad'moisselles qui continuent à gribouiller il doit y en avoir un paquet, pas sûre que hurler dans le micro soit bien efficace, hein...
Je table sur 5 réponses fausses. J'en ai noirci 69 sur 119. Ça devrait le faire...

Il est 15h30, les tests psychotechniques sont passés. Je mets 20 mn à atteindre l'air frais. On doit être assis à 16h10 pour l'épreuve suivante.