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dimanche 31 janvier 2021

Savoir à la fin

 


C'était son anniversaire hier. Au téléphone, il m'a demandé si ça ne me faisait pas bizarre, qu'il ait déjà 33 ans.

J'ai répondu que le plus bizarre, c'était que je me souvienne si parfaitement de mes 33 ans... et déjà c'est son tour. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vieilli.

Plus tard dans la conversation, quand je lui ai demandé à quel âge il commencerait à se sentir vieux, il m'a dit :"25 ans...." Et je me souviens que cette année-là, c'est vrai, a été un virage définitif pour lui. Il a jeté les bases de ce qu'est devenue sa vie, et sans dévier il a suivi son idée, jusqu'à aujourd'hui.

Je suis fière de lui. En réalité, le mot qui décrirait ce que je ressens n'existe pas, alors celui-là est le plus proche. Notre histoire est compliquée, à l'image de ces baraques de bric et de broc qui s'entassent et se soutiennent. Je l'aime.

C'est un jeune homme qui se sent vieux. Chacun de mes matins est comme le début de tant de possibles. Il me voudrait solidement enracinée dans le sol, j'aime que ses branches dansent au vent. 

Mon fils a 33 ans.


lundi 7 mai 2018

Le ventre noué


C'est un appel lundi soir, un échange de banalités, et puis : "Ah ma fille, je me sens bien fatigué tu sais..."

C'est un appel jeudi matin, au creux de ma journée compliquée : "L'ambulance vient d'emporter votre papa  à la clinique, il avait trop mal..."

C'est un appel jeudi soir, sans doute au ton trop léger : "Ce n'est rien, on attend les examens demain..."

C'est un appel vendredi midi, qui ne m'a pas étonnée : "Ta valise est prête ? Ils vont l'opérer..."

C'est un appel dans la nuit de samedi, au plus noir de l'obscurité : "C'est une question de minutes..."

C'est un appel qui n'est pas arrivé, et les griffes de l'attente m'ont lacérée sans retour, dans le bruissement de chaîne de tous ces "Allô ?", jusqu'au dernier.

"Votre père est décédé."   

lundi 8 février 2016

An tan lontan


J'avais 20 ans, ma petite dans les bras je défiais la vie et l'avenir d'assombrir mon sourire.

Je revenais de loin, je me doutais que le chemin serait encore long... Mon bébé en bouclier, je rassemblais encore ces liens effilochés, mon coeur au bout de la ficelle, pour lui tisser une famille.

Elle est arrivée dans un drôle de contexte, celle-là. La barre bleue n'avait pas encore séché sur le test de grossesse que je hurlais à tous les vents ma fierté. J'avais réussi. J'étais allée au bout de mon projet, de mes rêveries. J'étais enceinte. Ou plutôt, j'attendais un bébé.

Oui, j'attendais. Mon quotidien s'est alourdi, comme mon pas, mais mon sourire s'est arrondi, comme mon ventre. Enfin. J'ai abandonné les cours, à quelques semaines de mes partiels. J'ai appelé ma mère, et son rejet immédiat m'a confortée : cette vie que j'abritais était bien la clé de ma propre vie, libérée, loin de ses choix.

Je souriais.

Mon père, près de moi, entamait lui aussi un virage essentiel. "La voisine" avait nourri son chien, posé une assiette de crêpes sur sa fenêtre, guettant son retour depuis la sienne. Il a traversé pour la remercier, elle lui a servi un café, ils se sont écoutés, puis épousés.
J'aime quand il me raconte : "On prenait un panier avec le café les tartines, on traversait la route pour aller chez moi, en wouikinde, en amoureux..."
A eux deux, ils ont réparé bien des dégâts chez moi : le couple, les grands-parents, mon papa, la maman qu'elle était pour ses enfants... Je les regardais s'aimer, et je me disais que mon tour viendrait.

Le 28 octobre dernier, elle épluchait les légumes pour la soupe lorsqu'elle est tombée sous la table. Double embolie cérébrale.
Il l'a cherchée quand il est remonté du jardin, il l'a appelée, cherchée encore. J'imagine sa détresse lorsqu'il l'a vue allongée, inconsciente.

"On ne peut pas parler de miracle, nous n'utilisons pas ce mot," ont dit les docteurs.  
Aujourd'hui je reste persuadée que c'est leur amour profond, sincère, immense, qui l'a ramenée chez elle. Chez eux. Elle est sortie du coma, elle ne voyait pas très bien, ne marchait pas. Depuis Noël, elle rentre chaque wouikinde, retrouver son amoureux.
La semaine dernière, un toubib lui a dit qu'elle quitterait l'hôpital dès qu'elle pourrait monter l'escalier. Vendredi, fermement soutenue par les deux ambulanciers, elle a grimpé les 12 marches vers la terrasse, vers lui, qui l'attendait, les larmes aux yeux.

samedi 2 mai 2015

Alix


Elle est arrivée pile le jour de ses 6 ans et demi.
Sa petite soeur.
Sa fierté.

Alors, bien sûr, les aut'trucs de cette année passent bien loin derrière. Et pourtant, que de chambardements dans sa vie !

A commencer par l'entrée au CP, dans cette immense école, dans cette ville infinie, où aller au zoo prend 1h15 de bus. Il lit couramment, bien sûr, et gigote en classe, quelle surprise...
Sa mère travaille en crèche depuis décembre. Il va désormais à la cantine tous les jours, et aussi à la garderie, et à l'étude, quelquefois, le moins possible. 

En rentrant de l'école, il faut promener Yuki, sa chienne Montagne des Pyrénées, arrivée pour ses six ans. Il l'appelle Léchouille, elle passerait son temps à le doucher à grands coups de langue. Mais la dresseuse lui a appris à être "le chef de meute", parce que tout de même, elle pèse plus lourd que lui : il ne la porte pas comme il transporte sa chatte, Pirouette, devant la gamelle qu'il a préparée tout seul.

Depuis que sa mère a viré la télé de la maison, il joue sur son téléphone à 94%, Papa Pear et Bomb Beach ; ou il prend sa ds, et s'énerve parce qu'il n'est que deuxième sur le podium. De temps en temps, il se cale devant l'ordi avec sa mère, ils regardent des films improbables et nous appellent pour qu'on en discute...

Discuter, il ne s'en lasse pas, ces temps-ci il cherche un Dieu parce qu'il veut croire : après l'explication pour Charlie Hebdo, le baptême de la petite soeur malade de son copain, la circoncision d'un petit que je garde, ces histoires de religion, ça l'intéresse vraiment, et il y met toute sa passion habituelle. Ça change un peu de ces longs mois sur l'âge, le vieillissement et la mort. Mais dire "pétou" le fait encore exploser de rire, ouf !

Il va à la piscine le vendredi matin. Il est parti en classe verte, en mars, et dans la foulée est inscrit en colo pour début juillet. C'est un petit garçon qui aime la compagnie et la solitude à la fois. Il voudrait une grande soeur pour faire plein de choses avec elle, mais bon, une petite soeur c'est bien aussi parce qu'il sera pour toujours plus grand qu'elle.

Il l'a accueillie avec des étoiles dans les yeux, et au retour de la maternité, en racontant à sa mère qu'elle lui avait serré si fort si fort le doigt, il a ajouté : "C'est parce qu'elle m'aime déjà je crois." 

Ça doit être ça.

mercredi 12 juin 2013

"C'est parce que je suis grand..."


Il appuie sur le bouton d'appel de l'ascenseur depuis quelques semaines maintenant, et arrive à tirer la porte pour l'ouvrir. Alors, dis donc, pourquoi sa mère ne veut pas le laisser descendre seul, attendre en bas la voiture de la copine pour aller à l'école ? Hein ?

Il continue à triturer la langue française et ses mystérieux mystères : boulangerie, boucherie, charcuterie, ok, alors pizzarie ? Quoi ? PizzeRIA ? N'importe quoi !
Mais aussi : "Ma polaine, elle tient chaud !" / "J'ai lu En sel et Bretelle, à l'école" / "Il me fait de la crachure, le bébé !" / "Dessine des craies-en-haut, là, sur le château" ...
Et encore : "T'en as quelques-uns, des robots Transformers... - J'en ai quelques-deux et quelques-trois, même..." / "Elle t'aime beaucoup, Clémence ! - Oui, elle me-t'aime."

Il fait des cauchemars la nuit. Se met à genoux et supplie : "Mais parle pas anglais !"

Il répond au téléphone et parle, parle, parle : "Passe-moi ta mère, s'il te plaît." Il tapote quelques touches, et reprend : "Oui, c'est moi, c'est maman !" Je rigole, insiste : "Non, allez, passe-moi ta mère !" Il change de voix et dit : "Mais c'est ma mère, c'est *** !!" 

Il regarde s'éloigner sa tante, songeur, un peu triste. "On ne peut pas la laisser partir comme ça, Tatys ! - Pourquoi ? - Mais parce que j'ai envie de passer du bon temps avec elle !"  

Il prévient sa mère : "Ne recommence plus ! La prochaine fois, si tu me fais pleurer, je prends ton cadeau de la Fête des Mères, et je le donne à ma nouvelle maman !"

Il négocie. Dur. "Je dors dans ton lit ce soir. - Tu t'endors et je te porte dans ton lit. - D'accord, tu mets Gulli à la télé ? - Non, dors. - Bon, si tu mets pas Gulli, je dors toute la nuit ici, et si tu mets Gulli, je m'endors juste."

Il habitera à Paris quand il sera grand. Pourquoi ? Parce que Paris, c'est joli. Mais non, c't'une blague, il habitera là en bas, au 5e. "Comme ça, quand tu me manqueras, je viendrai, et quand même, j'aurai ma maison, et je me coucherai tard et je regarderai la télé, parce que tu me verras pas...."

Il regarde Donald aux prises avec Tic et Tac, sur l'ordi, et me prévient : "Là, tu vas trop rigoler, regarde, Donald il va..." Quel bonheur d'entendre ses explosions de rire !!

Mais ce que je préfère, c'est encore son câlin pour me dire au revoir. "Tu vas me manquer, ma super-Mémène."

Toi aussi, mon bonhomme. Toi aussi.


vendredi 17 mai 2013

L'oeil


Elle vient de traverser - elle aussi - un passage à vide.

J'aime son regard, ses intentions. J'aime les émotions qu'elle capte.

Sa première séance : un oisillon à peine tombé du nid. Elle n'avait pas tout à fait 18 ans, ses propres ailes se déployaient difficilement, douloureusement. 

Je crois en son talent.

dimanche 28 avril 2013

Le treizième sexe


Bien sûr, tout le monde a saisi la subtile allusion à 2013... bien sûr ...

*************
Second trimestre 2012/2013 - PROGRAMMATION
Les compétences acquises seront évaluées à la fin de la période 

Biologie : reproduction, génétique et généalogie
Histoire : la frise chronologique
Grammaire : le masculin et le féminin
Anglais : "What a wonderful world"
Calcul : addition, division
Philosophie : l'amour est-il indissociable du bonheur ?
Géographie : les déplacements migratoires
Conjugaison : futur, conditionnel, plus que parfait
Économie : les revenus d'activité dans le budget du couple
Éthologie : rôle et influence des réseaux sociaux
Théâtre : le jeu d'acteur 
Physique : attraction-répulsion, potentiel interatomique
Espagnol : VOLVER, revenir, devenir, recommencer
Littérature : la trahison et la réparation dans les romans d'amour
Arts Plastiques : Le cri, E.Munch

*************
Notes de l'examinateur :
A croisé un Prince Charmant fin janvier
Conte de fées pendant 8 semaines
Apparition du principe de réalité début avril --> brutal !
Retour à la case départ ce we
Dommage collatéral : les deux lapins sont morts



lundi 28 janvier 2013

Fils


A ta place
(ouh ça commence mal)
à ta place, donc
je n'irais pas voir X ce soir

Trop chaud 
imagine-toi bien que c'est comme un énorme bouton 
qui t'aurait bouffé la moitié du front  
inratable

Tu ne sais pas où tu en es, 
Si ça se trouve ce n'est qu'un petit tremblement de terre 
qui n'aura pas de réplique  
Si ça se trouve c'est un petit tremblement de terre 
qui annonce une méga giga éruption 
qui brûlera tout quand ça pètera

Qu'est-ce que tu vas lui dire 
quand elle te dira "qu'est-ce que t'as, t'es bizarre là..."
Qu'est-ce que tu vas te dire ?

A ta place
(oui, encore)
à ta place
j'attendrais

De retrouver ma place
De savoir quoi dire
De pouvoir me taire

Tu as tant de possibles !
Tout à gagner
et beaucoup à perdre

Ne te précipite pas
Tu ne sais pas

Finalement 
je crois que je n'aimerais pas être à ta place


mardi 8 janvier 2013

Opération Cracotte


Que se passe-t-il quand un bonhomme de 4 ans oublie son doudou dans la voiture de son père, après un séjour plutôt difficile, qu'il raconte des sanglots dans la voix et la gorge nouée ?

Ça commence par une soirée du dimanche très mouillée, où il finit par s'endormir, après 22h, épuisé de chagrin. Ça continue avec le refus d'aller à l'école, "j'attends le facteur, il va ramener Grignotte...".
Alors sa mère décide de créer un clone. C'est Monsieur Groyo-Groyo. Cousu en quelques heures, il attendait la fin du bain pour se faire adopter.

Inutile de dire que ce fut un fiasco. Monsieur G a valsé à l'autre bout du salon, avec sa lettre pourrite qui expliquait sa présence...
Et puis, petit à petit, il a apprivoisé le petit homme. Ses pattes, ses oreilles, sa queue... Son bras grignoté, lui aussi... Et ce drôle de bruit de grelots ?! Grignotte elle fait pas ça ...
C'est parce qu'il a froid. Il a tout le temps froid, il grelotte. Mets-le bien au chaud, tiens-le fort serré, tu verras, il adore ça.

Monsieur Groyo-Groyo est allé à l'école ce mardi. Il a regardé RobocarPoli et même Power Rangers Épée Samouraï ! Et ce soir, Maxence l'a "installé" pour le prendre en photo, avec ses nouveaux copains les dinos.

Une fois de plus, la force de vie de ce petit bonhomme me prend par la main, me tire et m'arrache de ma rage noire. Et je ne regrette pas une seule des minutes, des heures que j'ai passées à coudre ce Monsieur, même si j'avais mieux à faire, même si je n'ai rien fait d'autre de mon lundi.

Tiens-moi fort moi aussi, tiens-moi bien serré.

samedi 15 septembre 2012

Un dernier pour la route ?


Elle sort de son immeuble en courant, Maxence sur ses talons, les yeux pleins de larme.
"L'école a appelé, elle est tombée sur la tête, elle est consciente mais ne répond pas, ils ont appelé les secours ..."
Dans la ruelle, l'ambulance est ouverte. Elle saute hors de la voiture que je vais garer.
Je cours aussi vite que possible, ma canne martèle, le petit agrippe ma main.
"Doucement ! Ne vous en faites pas, rien de grave, attendez là, on va vous la chercher !"
Elle sort enfin entre deux pompiers, pâle, tremblante. Je note les taches de sang, le genou gonflé.
Les urgences, encore garer la voiture. Le docteur, blagueur. 
De la colle pour la coupure au front, 3 cm, elle ne s'est pas ratée.
Les réflexes : tout est ok, elle n'est pas plus dingue qu'avant.
L'arcade sourcilière a morflé, la cheville, le genou. Mais rien de cassé.
Une grosse peur. Un tour en ambulance, avec sirène et gyrophare, pour la faire rire.

Allez, c'est bon, les gars, là. On arrête, hein ?

jeudi 13 septembre 2012

Suricate et requin-citron


Il est entré en moyenne section cette année, mais attend avec impatience le CP, parce que "c'est là qu'ils habitent, les maîtres, et moi je veux un maître, moi..." et qu'au CP, il aura un petit chien qu'il appellera Abeille Tomate Légume.

Il a la "chair de poulpe", fait des "bissous" et appelle les churros "les nouget's de la plage".
Il différencie sans problème la tête en ballon de foot du pachycephalosaurus de la crête punk du parasaurolophus, et te dit "aye-aye", "otarie" ou "requin-citron" quand on joue aux animaux.

Il répond seul au démarchage téléphonique : "Allô je suis bien chez Mr/Mme *** ? - Oui... - Euh... je peux parler à Mr *** ? - Oui, d'accord !" Et il attend que la dame/le monsieur lui parle de merveilleuses piscines/assurances/salons en cuir, ou du bouquet Orange à 5 euros au lieu de 92... Quoi ? Mr *** c'est lui aussi, non ?

Il regarde la télé d'un oeil de plus en plus expert, trouve que le Spiderman en chair et en os qui s'invite à l'anniversaire "c'est trop waouh !", tremble de joie parce qu'il s'est levé assez tôt pour Dora, ou qu'il peut goûter devant Redakai. Il pose des questions sans arrêt devant les films et séries, "pourquoi elle pleure ? elle est où la méchante ? elle est méchante elle ? c'est la police qui va venir main'nant ?"

Il rentre très énervé de l'école parce que son copain Evan, "il aime les spaghetti de fromage !!" Et alors, demandons-nous en choeur ? "eh ben c'est pas rigolo, je mange, je lui donne, je mange, je lui donne, tout le temps, et le paquet il est fini !! J'en ai marre !!!"

Il cache les jouets et les livres qu'on ne peut pas acheter dans les magasins, "et quand j'aurai pleeein de petits sous je viendrai les chécher hein d'accord ?!" Il a été stupéfait d'apprendre que le Père Noël le regardait tout le temps et même maintenant, pour vérifier qu'il était sage... "Mais il est où le Père Noël ? moi je le vois pas !"
Il refuse qu'on parle de la rue Broca et de sa sorcière, d'ailleurs dans sa nouvelle maison, "il n'y a pas de sorcières, parce qu'il n'y a pas de placard à balais !!" Son dessin animé préféré, c'est Mulan, et quand il sera grand, il travaillera/habitera dans un zoo.

Il appuie "su le séro pou aller en bas et su le 6 pou aller en haut ! moi tout seul !!", il pleure quand il n'est pas le premier et explose de rire en répétant en boucle pipi caca pétou. Connaissez-vous d'ailleurs la blague hyperdrôle de la bouteille remplie de pipi et du gâteau au chocolat-caca ? 

Il a bientôt 4 ans.

Du concentré de bonheur !

lundi 28 mai 2012

Mets ça y a du vent... *

Fin d'un week-end étrange.

J'avais demandé à être en congé jeudi et vendredi, et j'ai donc quitté la crèche depuis mercredi midi : en sautant par-dessus lundi férié, jusqu'à mardi 14h, on arrive à 6 jours pleins à la maison. Comme quand je ne travaillais pas.
Depuis que je me suis levée, mercredi matin, à 6h, j'ai dormi... voyons... 5 + 3 + 3 et demi, et 6, et ... à la louche : 24 heures. Sur  135 en tout, ça fait pas lourd. Sûrement pour ça que j'ai failli pleurer, samedi après-midi, devant le 10ème voyage à la déchetterie que SuperCopine tenait absolument à faire.
J'ai jeté. Plein de trucs. 20, 25 ans de souvenirs, de machins, de "oh ! regarde !", de "et ça, ça te dit quelque chose ?". 20 m3 de sacs et cartons, de morceaux de meubles, de morceaux de moi. Ce n'est plus moi.

Déchetterie donc. Puis aussi : ménage. Le lave-linge neuf est tombé en panne, il n'a pas supporté les trois lessives quotidiennes que je lui inflige depuis une semaine. Il faut que j'appelle But. Je balaie, je fais les poussières, je lave, je frotte, je range. Je déplace. Je fais ma place.

Valse de mes enfants. La Zazoune est partie à Paris à 4h du matin vendredi, son frère est arrivé ici presque à la même heure le lendemain - vous faites le lien avec mon manque de sommeil ? M'endormir près du téléphone, le coeur en point d'interrogation... Essayer de suivre les emplois du temps, les déplacements prévus, les imprévus, les heures qui filent et personne n'appelle, si, moi, qui tombe sur les répondeurs, ou ne récolte que des revers agacés, "je sais pas", "on verra". A tout à l'heure, tiens-moi au courant. Ils sont grands.
Maxence est avec son père. Enfin, je crois. Il rentre lundi, on ne sait pas bien quand, ni avec qui. Nanette, fidèle au poste, remplit les sacs, coud à la vitesse de l'éclair, se gave de sucreries et passe des heures sur l'ordi, râle parce que je suis devant la télé à minuit. Elle passera sa première nuit dans son nouvel appart lundi, quand son fils rentrera. Ce soir, donc. Ah bah non : lui ne veut pas, il tient à dormir "à côté de Mémène". Demain ?

Je n'ai pas eu le temps d'appeler mon père. Ni ma petite soeur parisienne, ni mon beau-frère qui gère la maison cette semaine sans sa femme, partie en Italie. Ni ma copine.
Je n'ai pas pu finir le petit ensemble pour Alex, arrivé la semaine dernière, 4 kilos 100 de joues rondes et de sourires aux anges.
Je n'ai pas fait les courses, pas rangé sous l'escalier, pas descendu l'étagère à tissus, pas mis la table dans la cuisine, pas fait mon shampoing. Pourtant j'en aurais bien besoin... Il paraît que j'ai de plus en plus de cheveux blancs.

Le week-end très prolongé est fini, 
mais je n'ai pas tout fini.



* L'autre jour, Nanette essaie d'enfiler un K-Way à Maxence, qui regarde sa mère
 d'un oeil outré en se débattant : "Mais c'est un sac-poubeeeeelle !"

samedi 24 décembre 2011

Réveillon


- Qu'est-ce que tu veux manger ce soir ?
- Ben... des canapés... comme d'hab quoi !
- Bah oui : des canapés et des trucs d'apéro !
- Vous ne voulez pas changer un peu ?
- Bah non.
- Et toi Maxence, qu'est-ce que tu veux manger pour faire la fête, ce soir ?
- Des pateuh !! et du ja-mm-bôn !! et aussi un yayou't ! Mmm c'est bon ça !

11 euros le réveillon pour 4. Parce qu'on a quand même rajouté une bonne bouteille : de l'Ice Tea. Du vrai. Pas de la marque magasin.
C'est la fête après tout !

samedi 22 octobre 2011

Pispasse ?*


Lili (NDLR : le machin blanc tout cabossé et à bout de souffle euh de cardan qui est garé devant la maison) Lili donc, malgré tous ses défauts, est un carrosse équipé des dernières fonctionnalités disponibles sur le marché. A savoir :
- un auto-radio..... l'antenne n'est pas très bien branchée je suppose, car on ne capte pas très bien, une seule station dispo (comptines enfantines, by the fact) et audible seulement certains jours
- un GPS..... fonction unique, il se contente de répéter : "Mais ?? C'est quoi cette route ?? c'est pas la bonne route !!? Mais ??"  Pendant deux mois j'ai essayé la version gratuite d'évaluation, qui disait : "Hey ! On va à la plage ?" quand on passait par un certain rond-point (qui, il est vrai, POUVAIT mener à la plage...) mais depuis qu'on a remis les pulls, c'est une version expirée.
- un détecteur de ceinture non bouclée..... Gadget très fun, une petite voix flûtée qui dit très innocemment : "Et Tatys elle s'attache pas ?" Effet immédiat.
- un régulateur de vitesse.... Pas très bien réglé je pense, il se déclenche lorsque le vent s'engouffre un peu fort par la vitre cassée (non, je ne l'ai pas encore fait remplacer) et on entend : "On roule vite un peu, là ?? Hein ? C'est vite !"
- un programme d'entraînement intellectuel innovant, qui débute par "On joue aux animaux ?" et vous oblige à citer environ un milliard de noms d'animaux pour gagner contre l'ordi, qui en connaît environ deux milliards, de la méduse à l'abeille, en passant par l'ours et le requin - existe aussi en version "On joue à FlashMcQueen ?", mais là, j'ai jamais dépassé les 5 sur 40...

Toutes ces fonctionnalités s'ajoutent à un lecteur DVD (Dans Votre Devant !) performant, sous-titrage compris, qui nomme tous (oui, TOUS !) les véhicules urbains qu'on peut croiser : "Les pompiers ! La police ! L'ambulance ! Le taxi ! L'auto-école ! Le bus ! Le camion ! Le tracteur !" (liste exhaustive, depuis qu'il ignore royalement les motos, les vélos, et les voitures - surtout les voitures bleues) ainsi qu'à la fonction censure automatique des gros mots, sous peine de répétition instantanée et illimitée. Et que dire du coach sportif personnalisé, "Non, on va à l'école A PIED Mémène !!". 

Chaque voyage nous permet de découvrir un peu plus ces merveilles de technologies embarquées. Je m'éclate ! Ha ha !

*Traduction d'un titre un peu mystérieux pour l'estranger : Qu'est-ce qui se passe ??

dimanche 11 septembre 2011

YouTube, Popov et toi

Me voilà désormais contrainte et forcée de l'admettre : l'hérédité familiale est lourde, très lourde, et chaque jour qui passe m'apporte la preuve qu'en donnant la vie, j'ai aussi, malheur, transmis les gènes de la Foldinguerie...

Or donc, nous voici face à un cas d'école : l'immobilisation forcée sur un lit toute la journée peut-elle donner lieu à une dégénérescence accélérée des neurones liés à l'intelligence ?
Je me pose la question.

Mardi, le Dr Popov découpera le plâtre de la Zazounette. Trouvera-t-il dessous sa Raison, qui semble l'avoir quittée ces derniers jours ?

YouTube est ton ami.

J'ai peur.


lundi 5 septembre 2011

On y est

Il a commencé l'école ce matin. Ne veut pas y retourner demain. Sauf si "Kéfani, la mékès", elle le laisse jouer encore avec le camion de pompiers. Et l'ambulance. Et les outils de Manny. Mais comment ça se fait qu'à la maison, il joue tout autant avec les bébés, la dînette, la poussette, son sac rose et les longs colliers qu'il enfile perle après perle, et dehors, pfiuuut, c'est juste un gars un vrai, un macho qui parle voiture et bricolage ?

Il parle de mieux en mieux. De plus en plus. Ce qui donne, dans une salle d'attente branchée sur ses bavardages "trop meugnons qu'il est meugnon ce petit !" :
- C'est à nous Maman ? Non ? C'est à la mamie alors ? Hein maman, c'est à la mamie là ? Là, regarde Maman, c'est à la mamie ? Non Maman, ne regarde pas tes pieds en rougissant, ne réponds pas "c'est à personne, chut", ne suis pas son petit doigt pointé sur la dame en face qui affiche à peine 45 ans au compteur avec sa petite de 10 ans, et son air crevé sous ses cheveux en vrac, presque gris c'est vrai mais bon...
Ou bien (même salle, même public, même joueur joue encore...) :
- Dessine-moi un clown... Dessine-moi un bébé... un camion de pompier... un caca... Oups ! Non mon coeur, les cacas ça ne se dessine pas, c'est dans les toilettes... Bon ben dessine-moi des toilettes... et là (plouf montre l'eau dans la cuvette) fais un caca !

Il utilise sans arrêt le Je, le Toi, le mien, le tien, le C'est à moi ça !, le C'est mon tour !... Surtout le C'est à moi ça ! et le D'abord c'est mon tour !, quand j'y réfléchis. Même quand ce n'est pas son tour. Surtout quand ce n'est pas à lui.

Il dessine des nom'édames, des kiounes, des bayeines, il commence à tracer des maisons aux chapeaux ronds, et il se dessine des bobos sur les jambes en pleurnichant Aïe... un bissou, iite !

Il invente des chansons qu'il accompagne avec sa petite guitare en plastique rouge, les yeux fermés, la tête qui balance. Il raconte aussi de terribles histoires de popomes qui l'attrapent, de payates qui habitent en face, dans le château, de monks qui grognent et de méssants qui lui courent après. Et d'entendre sa petite voix se transformer pour les inviter, tous ces fantômes, pirates, et monstres, ben franchement, des fois, ça file quand même un peu les chocottes....

Il enfile son slip avec la ceinture sur le côté, et dandine des fesses en hurlant "T'as vu mon zizi ?" Oui, effectivement, je l'ai bien vu ton zizi, disons qu'il dépasse un peu beaucoup par le mauvais trou...

Il me lance "Je suis content de te voir, toi !" quand il revient des quinze jours de vacances passées chez son père.

Et je fonds.

Bientôt 3 ans.

Ça promet !

mardi 23 août 2011

Encore ??!?

Vi.
Et en plus, cette fois-ci elle l'a fait exprès.
Programmé.

Bon, plus sérieusement : ça y est, c'est fait, elle n'a plus cette excroissance osseuse au pied qui la gênait de plus en plus pour se chausser. Une olive d'1cm sur 1.5cm, premier diagnostic "os naviculaire surnuméraire", puis finalement à l'ouverture, une ossification importante où se rattachait le tendon, direction le labo pour en avoir le coeur net.

Je passe sur les derniers jours à l'ambiance électrique, où l'angoisse de la demoiselle faisait vibrer nos cordes un peu trop sensibles, un peu trop pudiques pour dire simplement : "J'ai peur moi aussi pour toi, je ne veux pas te voir souffrir..."

Hôpital au petit jour, avec la copine d'amour fidèle au poste, et puis l'attente, lente, agaçante, les minutes, et les heures, et le bruit énervant de ces mots inutiles, désoeuvrés, qui ne recouvrent pas tout à fait le vide et l'angoisse.
Elle revient, elle sourit, elle est dans les vaps : un énorme plâtre au bout du lit pour une si petite ouverture ? Elle peine à rapporter ce qu'a dit le toubib, tendons, précaution, accroché ... Je la vois toute chiffonnée, pâle sous son sourire de battante. "Tu as mal ? - Oui..." C'est dit.
La perfusion est toute pliée, pleine de sang, où est la couverture, replace l'oreiller, les boutons pour redresser le lit... A nouveau des mots pour remplir l'espace, en rangs bien serrés, utiles, efficaces, barrière dérisoire, rempart pitoyable. Le petit flacon de paracétamol ne décrispe pas sa mâchoire, serrée sur sa souffrance solitaire. Je ne peux rien faire.

Voici le chirurgien. Son crâne chauve d'espion russe s'est adouci de quelques millimètres de cheveux bruns, ras, doux, qui m'hypnotisent autant que ses explications patientes, rassurantes. C'était plus compliqué que prévu, car le tendon était fermement rattaché à cet os à extraire. Il espère ne pas l'avoir trop malmené, a placé "la botte" par sécurité, pour éviter tout mouvement trop précoce. L'os est parti au labo pour analyse, mais pas d'inquiétude, "je suis confiant." Il la tutoie, mime l'opération sur le crochet du mur, la taquine sur ses prochains matches de basket. Et s'en va.

Une accalmie dans les yeux sombres, elle se détend un peu, va bientôt manger, dormir... J'en profite pour m'enfuir. Des coups de téléphone, la CAF et la sous-préfecture, une poignée de chips, les yeux qui piquent. Il faut y retourner.
Il est 13h, la douleur remonte comme la marée, recouvrant peu à peu la conversation, noyant les regards. Deux cachets et le silence, pesant, en attendant que reflue la vague immense.
Il est 15h et le couloir s'anime, la chambre résonne de rires fatigués, "je veux rentrer..." et mon coeur se serre devant sa résolution d'oisillon déplumé.

Les couloirs sont franchis allègrement, je file chercher la voiture, elles m'attendent à l'entrée, juste avant le four de la verrière. Évidemment, elle fait un sérieux malaise, est incapable d'avancer. La chaleur est terrible, la voiture semble inaccessible, nos mains entrecroisées sous ses fesses pour la porter glissent peu à peu, le dernier mètre est un effort surhumain.
Enfin la maison, et son dernier obstacle : l'escalier. Franchi lui aussi, il aura raison de mes dernières forces. Je sens les larmes qui me montent aux yeux. Tu ne vas pas craquer maintenant, dis ?

C'était une sacrée journée.

samedi 25 juin 2011

"Au revoir les Z'amis !"...

... dit-il en ouvrant la porte.
Il a mis ses chaussures (bon, ok, celles de Tatys...), enfilé une petite laine, quand même, il se fait tard, pris son fidèle compagnon sous le bras... il a fait un petit tour dans la cuisine, histoire de vérifier qu'il ne restait plus rien à manger vraiment, et puis il nous a saluées, grand seigneur, d'un vibrant au revoir qui résonne encore à nos oreilles.
La porte s'est refermée.

Dernières heures de liberté ce week-end : lundi, je reprends le chemin de la crèche, pour deux mois encore. Cette fois-ci, remplaçant les départs en vacances successifs, je naviguerai entre les trois sections (snif...), et je commence par les Moyens (re-snif...).
Haut les coeurs ! J'ai reçu il y a peu une sorte de Table des Dix Commandements pour rendre sa vie plus jolie. Elle commence par la P.P : pensée positive. Cherche chaque fois le bon côté des choses : il y en a toujours (toujours ??) un.
Bon côté des choses : je vais bosser avec Caroline chez les moyens, puis avec Thérèse chez les grands, deux collègues que j'apprécie.

Deux conclusions pour le prix d'une (ah ben on fait les soldes qu'on peut, m'dame...) :
- ma Table dit aussi Souris, même si tu n'en as pas envie, et la vie te sourira
- Petit Bonhomme est resté pétrifié en haut de l'escalier : la Grande Aventure, on verra ça plus tard, quand ses pieds auront suffisamment grandi pour ne pas perdre ses chaussures... (bon ok, ce sont celles de Tatys, mais c'est pareil !)

dimanche 29 mai 2011

Perdre le contrôle


Il y a des éternuements qui vous raidissent la colonne vertébrale et vous font hérisser chaque poil comme des milliers de pointes de fil de fer barbelé...

Il y a des frissons de fièvre qui vous parcourent de la pointe des orteils aux racines des cheveux, soulevant chaque centimètre carré de votre peau en un séisme implacable...

Il y a des crampes qui vous clouent à vif tout un pan de mollet contre le matelas soudain transformé en brasier...

Il y a ces petites peaux au creux de l'ongle qui durcissent et s'enfoncent dans vos chairs en mini-scalpels impitoyables, à chaque geste, à chaque heure...

Il y a des migraines terribles qui vous plantent un pieu juste au-dessus de l'oeil, où grouillent des milliers de petits insectes opaques et phosphorescents...

Il y a des bleus qui surgissent tout à coup comme des mines anti-personnelles, créant à fleur de peau un no man's land multicolore et si sensible, oh si sensible...

Il y a les yeux qui pleurent, qui picotent et qui rougissent, au moindre rayon de soleil, aux courants d'air, aux nuits blanches, et les paupières en papier de verre, gonflées, bleutées, plombées...

Il y a cette veine sur la tempe, qui enfle et s'élance comme un fleuve à la crue, rythmant les heures au battement sourd du sang tout-puissant, inflexible tambour, carrousel obsédant...

Il y a des sifflements improbables, peuple d'oiseaux nichant soudain au creux de vos oreilles, avec leurs cris perçants, leurs roucoulements et leurs ailes bruissantes...

Il y a parfois un mal de dent à en pleurer de rage et d'impuissance, indescriptible douleur qui rend carrément dingue, et donnerait presque envie de mordre sauvagement tout et n'importe qui, si seulement vous pouviez vous servir de votre mâchoire en feu...

Il y a cette ceinture de braises qui vous brise les reins, carcan de métal chauffé à blanc qui vous enserre le bas du dos et vous paralyse...

Et puis, il y a la lame de fond d'un fou-rire qui vous étrangle et vous secoue de haut en bas, coupant le souffle, noyant les yeux, il y a cet élan de tendresse infinie qui vous jette sur l'autre sans que vous puissiez seulement résister, cette force qui vous pousse à refermer vos bras sur son corps, il y a aussi toutes ces pensées sucrées, tout à coup, qui coulent et fondent sur vos neurones, vous laissant sans voix, sans mot, et il y a des regards noyés d'amour et de souvenirs partagés, étoiles scintillantes, liens sacrés, il y a tant à dire que l'on se tait...

Secondes éternelles, où le bonheur d'être là vous inonde et vous aveugle comme un soleil d'été, intense, charnel, interminable.

Mes enfants sont près de moi.

samedi 16 avril 2011

20 ans que ça dure

La première fois que je l'ai vue, je ne l'ai pas vue.
Petit grain de folie perdu dans le gris, elle était minuscule, invisible, aussi impalpable que le rêve qu'elle réalisait.

La première fois que je l'ai vue, elle se battait. Nidée du mauvais côté de mon utérus replié, elle avait si peu de chances de l'emporter que la gynéco m'a dit : "Vous recommencerez dans quelques mois..."

Elle se trompait.

La première fois que je l'ai vue, je l'ai grondée. Tu m'as fait tellement mal mon bébé, oh la la, que tu es grosse, tu m'as fait mal... Elle s'en fichait, elle hurlait plus fort que moi.
Elle était aussi blonde que ses aînés étaient bruns, aussi déplumée qu'ils étaient chevelus, et si potelée, oh si potelée que j'ai passé toutes ses premières semaines à la croquer.

Ça a été un bébé extraordinaire, un trésor, un miracle chaque jour renouvelé. Elle était là et j'avançais. Sans rien dire, en souriant, simplement, elle traçait mon chemin. Au plus profond de ma solitude, elle me tendait toujours la main : Maman, viens...

C'est devenu une petite fille incroyable. Elle jouait aux poupées avec sa soeur, aux voitures avec son frère, elle vivait à cent à l'heure, en se retournant de temps en temps pour vérifier que je suivais. Si jolie avec ses boucles blondes et ses yeux verts, elle riait comme on respire, et je suffoquais de bonheur.

Elle a grandi en une seule nuit. Ou bien je me suis endormie : j'ai fermé les yeux un peu trop longtemps, et sur la pointe de ses larmes elle est partie. Pendant des années je l'ai cherchée, elle m'échappait dès que je croyais l'apercevoir, brume irréelle, violente bourrasque, coups de tonnerre et sombres jours, elle s'échappait. J'ai fini par ne plus la voir.

Les anniversaires se sont succédés, une petite étoile a illuminé brièvement sa nuit noire avant de filer, à son tour. Je me suis couchée, fatiguée.

Un jour, le miracle s'est renouvelé. Des petits doigts se sont accrochés aux siens, des yeux noirs ont planté leur regard dans ses paillettes dorées, elle a souri, elle a fondu, elle est revenue. Solide, intransigeante, obstinée et pourtant si fragile, elle a posé ses heures solitaires au milieu de nos vies, incontournable, elle mène sa barque tant bien que mal, sans bien comprendre parfois, mais décidée à réussir.

Je l'entends chanter quelquefois, et rire aussi. Et je me rappelle ce soir-là, il y a 20 ans maintenant... 20 ans.