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samedi 16 mars 2013

J'ai de la chance


Un billet sous le signe de l'écriture, ça vous dit ?

Premièrement, j'ai reçu mes droits d'auteur pour l'année 2012... Hahaha... Bon, ça c'est fait.

Deuxièmement : je sors tout juste d'une crise plutôt... monstrueuse avec mon fils (unique et préféré, précisons) qui s'est soldée hier par ... un message très long de sa part, qui m'a... bouleversée ("Encore ? depuis le temps, tu devrais être immunisée, non ?" Non) et que je n'ai évidemment pas encore ... digéré.
Hahaha bis.

Troisièmement, le printemps étant ce qu'il est - plutôt pourri pour certains d'entre vous, pardon, mais ici, euh, le mimosas embaume et le ciel est bleu - comme chaque année j'ai des envies de rangement et de renaissance.
Je traîne donc beaucoup sur le Net, je m'inscris à des trucs, je me lance des défis...
Et l'un d'eux concerne l'opération "Price Minister - La BD fait son Festival". En très vite : on s'inscrivait pour recevoir une BD de la sélection du Festival d'Angoulême, en s'engageant en retour à écrire et publier une critique de cette BD sur notre blog.
J'ai choisi Marion Montaigne, parce que ça fait un moment que je la suis sur son blog, et que j'adore ce qu'elle fait.
J'ai reçu la BD le week-end dernier, bon je suis un peu à la bourre pour la critique mais elle est presque prête, demain ça devrait être ok.
Ah, je ne sais pas trop si je dois faire un Troisièmement-bis ou si je fais carrément (soyons fou) un Quatrièmement...
Toujours dans la veine Je Range Et J'aime Ça, je suis tombée sur un papier écrit il y a une grosse douzaine d'années -au moins.
Dans ma bonté immense (ne me remerciez pas...) je vous le recopie. Pfiou...

J'élève seule mes trois enfants. Maman solo, parent isolé, mère célibataire, foyer monoparental, appelez-moi comme il vous plaît, je suis seule à tout gérer depuis que j'ai divorcé de leur père.
Un malheur n'arrivant jamais seul, je dois bien reconnaître que je n'ai pas de chance avec eux. Jugez plutôt :
- mes enfants sont intelligents. Ils travaillent donc bien à l'école, et les deux grands poursuivent même leurs études. Ce qui entraîne au fil des années des camions entiers de fournitures scolaires, cahiers, livres et abonnements divers.
- mes enfants sont polis, aimables, et populaires. Pas une fête d'anniversaire sans qu'on les invite, pas un week-end, pas un jour de vacances sans entendre : "il veut que je dorme chez lui... elle demande si je peux rester manger..." Et bien sûr, gare aux invitations en retour, pour remercier : à seulement deux ou trois copains par tête, la maison est vite transformée en colonie de vacances... 
- mes enfants ont bon coeur : ils nourrissent les chiens, les chats, les clochards, les copains qui n'ont pas de goûter. Ils donnent leurs gants à celui qui a froid, leur veste à celui qui ne sait plus où est la sienne, leurs jeux à celui qui n'en a pas... Ils rappellent - sur le portable - parce que le copain n'a plus d'unités, ils ramènent celui qui a raté son bus, ils donnent un ticket de cantine à celui qui a oublié le sien.
- mes enfants sont robustes et en bonne santé. Ils ne ratent pas un jour d'école, et copient les leçons pour ceux qui sont moins résistants. Ils leur apportent les devoirs à la maison, remplacent le goal plâtré, le choriste enrhumé, la ballerine qui a une angine : même si on ne les appelle qu'une heure avant, ils sont toujours prêts. Ils montent les courses de la voisine au 5e étage, filent en vélo et en hiver poster le courrier du pépé d'à côté avant la dernière levée, ou sortent les chiens des autres sous la pluie - à leur âge, pensez, ce n'est rien...
- mes enfants sont honnêtes. Ils compostent leur titre de transport, signalent son erreur à la caissière même quand elle est en leur faveur ; ils tapent sur l'épaule du monsieur qui a fait tomber un billet, et courent après la dame qui a oublié sa carte téléphonique neuve dans la cabine juste avant eux. Ils n'oublient pas qu'ils n'ont plus l'âge pour le tarif enfant, et ne manquent pas de le rappeler à chaque guichet.
Forcément, avec eux, la vie quotidienne est chère, trépidante, et imprévisible. Je vous l'ai dit, je n'ai vraiment pas de chance : mes enfants sont formidables.

dimanche 15 janvier 2012

Chaque jour


J'ai deux billets de retard. Ils sont à l'état de brouillon sur mon disque dur, mais pas encore publiables.
En les attendant, en exclu mondiale interplanétaire, un petit bout de L4.... Livre 4 pour les intimes... Je vois bien Catherine Frot dans le rôle de Mme Truc, et Mélanie Doutey dans celui de la jeune. Ou Marina Foïs. Parce que je les aime bien.

Extrait.

"- Ben oui mais je ne crois pas en Dieu.
Vous avez tort.
Un silence. Comme chaque fois que Mme T assénait cette phrase, XXX attendit. Ce n'était jamais long avant qu'elle apprenne pourquoi, cette fois encore, elle avait tort.
Mais aujourd'hui, le silence s'éternisait. Absorbée par son ordinateur, Mme T semblait avoir oublié qu'elle avait pris violemment à partie sa jeune collègue, quelques minutes auparavant. Les joues encore cuisantes de l'échange, elle se leva, décrocha sa veste du porte-manteau, et s'enfuit dans le couloir, tremblante, au bord des larmes.
Mais quand cesserait-elle de s'écraser ainsi devant tout le monde ? Le souffle court, elle marchait d'un pas rapide vers l'escalier, les murs tristes glissaient tout autour d'elle, l'oppressant davantage. C'est décidé, quand je reviens je vais tout lui dire à cette vieille taupe ! Mais pour qui elle se prend, c'est pas ma mère hein, de quel droit elle me balance tout ça , hein ?! Ses larmes coulaient maintenant. Ce n'est pas ma mère, non, c'est celle de Julien...
Dans le bureau, Mme T tapait nerveusement sur son clavier. Une fois de plus, la petite s'était enfuie. Ça l'agaçait prodigieusement, et sa colère l'enveloppait d'un brouillard rouge et dense, elle aurait volontiers hurlé pour en sortir. Elle frappait chaque touche avec rage, sans réfléchir, rythmant ses pensées des petits claquements secs sous ses doigts, furieuse, hors de contrôle.
Petit à petit, le calme revint cependant. A midi, elle regarda sa montre, se leva, décrocha son gilet. Elle l'enfila, les yeux sur le fauteuil vide de XXX, et sortit.


Quand elles se retrouvèrent au début de l'après-midi, XXX dit posément :
Je ne crois pas en Dieu, parce que s'il existe, c'est dégueulasse, ce qu'il laisse faire sur la Terre. Regarde les gamins violés, les femmes battues, regarde tous ces pauvres gens qui galèrent pour leurs fins de mois, et les riches qui se goinfrent, tranquilles, pendant ce temps, et toutes ces racailles qu'on n'arrête même pas, ou qui ne font pas de prison... Et les maladies, et les guerres, et les famines aussi, et franchement, s'il y a Quelqu'un là-haut, qui regarde tout ça, et qui bouge pas le petit doigt, et que tu viens me dire « Il faut croire et accepter, t'en fais pas, tu seras récompensée... », ben chuis désolée, mais moi ça me va pas ! Et je préfère me dire que y a personne, plutôt que de prier un Dieu aussi cruel et injuste !
Elle s'arrêta net, un peu essoufflée, inquiète, étonnée d'avoir pu sortir sa tirade entière d'une traite. Mme T fixait son écran, qu'elle n'avait pas encore rallumé. XXX attendit un peu, puis plongea sous le bureau, appuya nerveusement sur le bouton de mise en marche, se rassit. Elle se mit au travail, très vite concentrée. Pour elle, l'incident était clos.
- Vous savez...
Elle sursauta, regarda l'heure au bas de son écran. 15H30. Mme T semblait n'avoir pas bougé depuis près de deux heures !
- Ce n'est pas vraiment que je crois en Dieu...
XXX attendait.
- Je crois ... qu'il y a une forme de justice. Je ne la comprends pas forcément. Je n'ai pas toutes les règles. Mais je crois, de toutes mes forces, en une sorte de … destin. Une responsabilité du sens que l'on donne à sa vie.
Elle leva les yeux. En face d'elle, XXX la fixait en silence.
- Vous êtes responsable. Si vous vous conduisez mal, vous serez punie. Et si vous vous conduisez bien, vous serez récompensée. C'est aussi simple que ça.
- Mais qu'est-ce qu'il a fait de mal, le gamin de deux ans que son beau-père a massacré à coups de poing hier soir ? Hein ? Tu peux me le dire ?
- Non je ne peux pas vous le dire, parce que je ne le sais pas. Je ne sais pas s'il a fait quelque chose de mal. Je ne sais pas pourquoi il en est mort. Je veux juste croire, fort, très fort, que son beau-père sera puni. Je ne sais pas par qui. Mais si je dois renoncer à y croire...
Mme T s'arrêta un instant, baissa les yeux. Les mots s'étranglaient dans sa gorge.
- Si je ne peux plus y croire... je ne peux plus continuer à vivre.
Elle regardait ses mains, croisées sur sa jupe grise. Le silence descendait doucement entre les deux femmes, de chaque côté du bureau. Puis quelqu'un frappa violemment à la porte, les faisant sursauter."

jeudi 22 septembre 2011

Sortie Ouest

Il vous faudra peut-être le GPS pour m'y retrouver...

Ma première séance de dédicace tout public, brrr, c'est samedi 24 septembre, de 10h à 12h, dans le cadre des Chapiteaux du Livre à Bayssan (34).

Vous me reconnaîtrez, je suis derrière le Répertoire !


samedi 19 février 2011

Émue

Je suis arrivée vers 13h, ce vendredi, (réveillée à 3h du mat, puis 9 heures dans la voiture à cause de ce satané brouillard...) et l'avis de passage du facteur m'attendait.
A peine le temps de me poser, recherche fébrile de ma pièce d'identité et hop ! je file vers la Poste.
Un petit paquet presque plat, anonyme, léger. J'essaie de l'ouvrir en marchant, impossible, trop de scotch, j'aperçois quelques pages sous le plastique, je frissonne, souris bêtement, cours presque sur le chemin du retour.
A la maison, j'ouvre enfin. Il est là. Il est beau. Qu'il est grand ! Je caresse la couverture, je relis pour la centième fois le résumé que j'ai envoyé, pour le dos.
J'ouvre enfin, le coeur battant. Les premières pages, que je découvre une à une. Les suivantes qui défilent plus rapidement... Je reviens en arrière, lis un chapitre au hasard, et un autre.
C'est étrange, ce sont mes mots, mais les voilà écrits dans un livre. C'est mon livre. Mon livre. Et je déborde de fierté.

jeudi 10 février 2011

Transmettre

[...] - Vous l'avez appris où, vous, le pouvoir des mots ?
- Je ne sais pas. Je crois que j'ai toujours vécu avec. Mais je n'ai pas toujours su m'en servir. C'est un pouvoir si puissant, qu'il peut te détruire de l'intérieur, quand tu gardes les mots sans pouvoir les dire. Il faut apprendre à les dire.
Oui, les mots doivent se dire.
Et ça, je l'ai appris dans les livres.
Les mots qui guérissent, les mots justes, les mots qui touchent, ce sont les mots des livres.
C'est pourquoi tu dois lire des livres
pour connaître tous les mots que tu peux mettre sur tes pensées, pour les apprivoiser.
C'est pourquoi aussi tu dois écrire.
Écrire, c'est faire sortir les mots qu'on ne peut pas dire. [...]

Extrait d'un très beau texte de Coline. Allez en lire plus sur son blog, que j'aime beaucoup.

vendredi 4 février 2011

Publiée !

Voilà, c'est parti, mon bouquin est dispo à la commande sur Edilivre, ils ont fixé le prix de vente à 13.50 euros (perso je trouve que c'est cher...) et se prennent en plus presque 4 euros de frais de port.
J'ai des tarifs préférentiels, si vous voulez un exemplaire dédicacé (ah ah ah comment que j'me la pète d'un coup !) à 12.50 tout compris, faites-moi signe dans les commentaires, ou par mail - c'est lorys03 et je suis chez hotmail.fr
Par contre, comme je voudrais éviter les liens entre ce blog et le livre, j'effacerai les coms qui mentionnent le titre ou le pseudonyme, pardon à l'avance : c'est que certains billets permettent de m'identifier facilement, si on cherche à savoir où j'habite ou qui je suis.

Bon, je vous laisse, je file m'acheter une perruque pour passer chez Ruquier !

jeudi 21 octobre 2010

Le dilettante Librairies - éditions

"Madame,
Nous avons lu votre manuscrit, qui n'a malheureusement pas retenu notre attention.
Même si vos histoires sont assez drôles et agréables à lire, elles ne brillent pas par leur originalité, ni par un style particulièrement intéressant.
L'ensemble est décevant et somme toute peu convaincant. Publiable quand même bien sûr..."
Suit un paragraphe pour récupérer mon manuscrit, qu'ils ne garderont pas plus d'un mois.

Bon.

J'ai perdu un mois.

lundi 11 octobre 2010

"Les muets parlent aux sourds"

Conférence-débat à Montpellier : Boris Cyrulnik, pour son dernier livre "Mourir de dire : la honte"
J'aime bien ce que fait ce type. C'est de l'espoir en barre. La lumière au bout du tunnel.

Extraits (pas mot pour mot, quand même, faut pas exagérer hein) :
"Les honteux disent tous : j'aurais voulu rentrer sous terre. C'est un vocabulaire de gibier, et vous, les Autres, êtes les prédateurs."
"La culpabilité participe de stratégies sociales, je rachète ma faute. La honte au contraire est cruellement individuelle, je suis minable, je ne mérite pas d'être parmi vous. Pourtant, elle n'existe que par et pour la société : si je ne tenais pas absolument à entrer en relation avec vous, je me moquerais de votre regard, de votre jugement."
"La honte est un sentiment superficiel, dont on peut s'affranchir. La culpabilité relève davantage d'une libération, souvent en échange d'un paiement."

J'ai dû partir avant la fin, quel dommage ! Mais la conférence a été enregistrée, et sera diffusée par Radio Clapas bientôt : j'espère pouvoir profiter de la suite.

dimanche 19 septembre 2010

René


Chez mon fils en début de mois, j'ai fait une cure de Barjavel.

Il faut savoir qu'il n'aime pas lire, mais quand (par extraordinaire) il se prend de passion pour un auteur, il dévore tout ce qu'il peut trouver de lui. Chez lui, traînaient des livres de poche que j'avais déjà lus, et plein de Barjavel.

Je me suis donc fait, à la file, La nuit des temps et Une rose au paradis, et j'ai parcouru La faim du Tigre. Il y a quelques années, j'avais lu Le grand secret.

Ouais. Bof. J'aime pas. A la fois trop cucul-youpi-aimons-nous-et-l'humanité-sera-sauvée, et trop poussé dans la réflexion théologique du style Y a-t-il un Dieu là-haut et qu'est-ce qu'il fabrique bon sang à laisser les hommes faire d'aussi grosses c*nneries ?

Bien fichu, bien amené, intrigue agréable, style sympa (des tas de scènes de sexe quand même hein, même si c'est à base de désir dressé qui parcourt tous ses secrets et ses portes profondes, et aussi de rêve de joie plein de tendres pousses exquises et de bourgeons qui s'ouvraient...) mais je n'aime pas. Voilà, c'est dit.

Par contre, faudrait que je revois le feuilleton Tarendol : avec ma soeur, on était raide dingues de l'acteur, Jacques Penot. Pas de science-fiction, mais une histoire d'amour-fou entre deux ados, un pauvre, une riche, et qui finit super-mal, rhâââaah... J'avais à peine 14 ans, aussi.

samedi 18 septembre 2010

Un train peut en cacher un autre

Je n'ai pas de réponse pour mon manuscrit, je ne sais même pas s'il a été lu, si même on a ouvert son enveloppe, et je me lance pourtant déjà dans le Projet Numéro 2... PN2, de son petit nom.

C'est un livre illustré, sur mon année de formation d'Auxiliaire de Puériculture.
Je participais à l'époque à un forum de discussion avec d'autres élèves, et quand j'y racontais mes aventures, à l'école ou en stage, beaucoup me disaient : "Hey, on s'y croirait ! Quand tu écriras un bouquin, je l'achèterai !"
Je voudrais mettre en forme mes participations à ce forum, mes notes restées perso, et mes souvenirs de cette période riche et mouvementée.
Je voudrais aussi que ma fille prenne des photos de mes différents lieux de stage (crèche, maternité, centre pour enfants handicapés,...) pour l'illustrer, et en faire , comme on dit, "un beau livre", vendu surtout en période de fêtes de fin d'année.
D'où l'urgence de réécrire tout ça, et de le présenter au plus vite à un éditeur spécialisé. J'ai lu dans le Midi Libre, il y a quelques temps, une interview d'un éditeur local, qui cherchait du sang neuf.
Qui ne tente rien n'a rien...

En attendant, un petit extrait de ce que j'ai récupéré sur le forum.

Premier jour de stage en maternité. Je suis dans la salle d'opération, où j'ai assisté à une césarienne pour la première fois.

[...]Finalement ça y est, l'AP s'avance et récupère le bébé, vite vite un petit bisou à maman, vite vite elle sort, suivie du pédiatre (tiens il était là lui aussi ? c'est surpeuplé une salle d'op...) en me lançant "reste là, tu regardes la fin"

J'aurais pas dû....... j'aurais dû partir… m'enfuir... courir... loin... C'est horrible "la fin"..... les doigts qui fouillent dedans... l'utérus posé sur le ventre... la peau retroussé comme un simple tee-shirt... les bords de chaque entaille que le médecin va chercher loin, loin dedans, qu'il rapproche, qu'il recoud à grands points noirs... l'aspiration qui aspire, le sang qui saigne, la chair qui brûle et les appareils qui bippent, ouh la la, des bruits, des odeurs, le masque qui m'empêche de respirer à fond, au secours, je vais tomber !
L'anesthésiste s'en va mais quoi, tu vas où, tu as le droit de partir toi ?? et passant près de moi me dit : "Comment vas-tu ? alors ça y est, tu as lâché l'école ?" Elle enlève son masque, me claque la bise, me sourit... Ah ça y est, oui, c'est une ancienne parent d'élève, j'ai eu sa fille en CP, et nous voilà à taper la discut dans la salle d'op, c'est surréaliste, je reprends mes esprits, merci, merci !
Dernière couture, je repars dans les couloirs : mais oui, comment savez-vous que je m'y suis perdue ?? Arrivée au bloc, l'AP m'entraîne dans une salle, "elle va pousser la dame, ça y est" et c'est reparti, effectivement elle pousse la dame !

Beeeeeuuurk ! Beurk beurk beurk ! J'ai beau savoir que je suis faite pareille, que j'ai moi aussi quelque part entre mes jambes cette drôle de porte avec tous ces volets et rideaux de chair et de poils, beeeeeeeeuuuuurk ! me revoilà au bord de la nausée.. Des deux côtés sage-femme et auxiliaire appuient sur les cuisses, une 2e sage-femme relève le dos, la gynéco juste devant fouine, fouille, enfonce, agrippe je ne sais quoi, tout le monde parle, crie, donne des ordres, le monitoring fracasse les oreilles de son rythme de dingue et cette pauvre maman au milieu va éclater si elle continue à retenir sa respiration comme ça !
"Allez on souffle un peu..."
Mffffffff, moi aussi je reprends mon souffle, et tout le monde s'éloigne du lit, plus de tension, on attend, on sourit, on caresse....
Que c'est bizarre... l'aiguille reprend sa course à la grimpette, ça y est, on repart, la tension monte encore, la même excitation reprend, les cris, non on n'y arrivera pas, la ventouse, allez on pousse Mme Machin, la gynéco s'escrime, elle s'arc-boute contre la table, on dirait qu'elle va rentrer dans ce vagin énorme et distendu pour aller chercher ce bébé à bras-le-corps !!
J'ai le souffle coupé, j'attends la fin du combat, qui va gagner, je ne comprends pas ce qui sort : des cheveux ? la poche des eaux ? le front ? la maman semble se vider de ses organes, et tout à coup apparaît une vraie tête, un visage, des cheveux...tout bleus... et un flot incroyable de liquide, qui asperge la gynéco, elle a à peine le temps de reculer, il y en a des litres et des litres, et le corps du bb glisse comme un poisson dans toute cette eau qui jaillit, c'est trop beau, j'ai les larmes aux yeux. Elle l'attrape et le couche sur la mère, snif, que je suis bête, mais que je suis nigaude, je souris, c'est trop chouette !

Il est 16h, je viens d'assister à deux naissances coup sur coup, waouh, rassurez-moi, ce sera ça pendant tout le stage ?? Parce que là, euh, pardon, mais voilà quoi, gloup, faut me laisser me remettre....

Ben non, pas le temps, parce que bb ne respire pas, l'AP l'enfouit dans un drap, pas de bisou maman désolé, le pédiatre suit au pas de course (tiens il était encore là ??) et sur la table dans la salle à côté, voilà un petit tout bleu, tout mou, oh non s'il te plaît bébé pas le premier jour, respire, respire bon sang ! aspiration, claque sur les cuisses, sur les fesses, re-aspi, tousse, gémit, crache, grimace, pleure, ouiii, pleure de plus en plus fort, la peau rosit, oh la la, c'est magnifique, on voit vraiment la vie envahir ce corps centimètre par centimètre !
Un petit coup de masque à oxygène, voilà le papa, tout ému, guidé par les cris de son bébé, tout va bien, tout va bien, ouf ! [...]

Je réponds à un message, suite à ce récit.

[...]Coucou Finette ! Ça te fait rire l'anesthésiste masquée qui se jette sur moi ? Alors celle-là va te faire défaillir !
3e jour au bloc, j'arrive, fais poliment la queue au lavabo pour me laver les mains : l'AP est en train de rincer les siennes. Je me présente, "je suis l'élève stagiaire AP, de 12 à 19h ici au bloc.."
Elle lâche un bonjour, me jette un coup d'oeil, regarde ses mains. Puis dit sourdement
"Je vous connais.
- Ah ?....... (moi j'attends , j'attends toujours très prudemment... j'ai fait des trucs pas tous recommandables dans ma vie... hum..)
- Oui.
-........ (ben ouais, j'attends encore...)
- Vous étiez la maîtresse de ma fille.
- Ah ?......... (bon là je suis confuse, j'ai beau la dévisager intensément, impossible de me souvenir......)
- ......... (flûte, maintenant c'est elle qui attend ! )

Kes je fais, kes je fais, kes je dis ???????

- C'était dans quelle école ?
- A Jacques Prévert.
- Ah..... (punaise mais elle a pas fini de se rincer les mains, ça devient insoutenable cette eau qui coule, j'ai envie de faire pipi..ou de pleurer, chais plus trop..)

Booooooooooon........... va falloir le dire...... abominable........... je vais bosser toute la journée avec elle et je ne la RECONNAIS PAS ! Après UN an (ou peut-être plus, oh bon sang !) à lui parler de sa fille !!!

- Euh... (toute pitite pitite voix) je ne me souviens pas....
- Truc Machinchose..
- Aaah... aaaah oui ...... (lamentable... je suis lamentable.....) oui oui oui, bien sûr, CP, en 2000..... oui. Et comment va Truc ?

S'ensuit un moment terrible de solitude : elle ne me répond pas ! ELLE NE ME REPOND PAS !!!! Elle coupe l'eau, s'essuie les mains, me tourne le dos pour jeter les papiers à la poubelle. C'est long. C'est loooong. Je vais mourir. Je vais m'enfuir. Je vais pleurer. Je vais...
- Elle va bien. (silence) Elle est en 4e. (hein ?? j'y crois pas.. déjà ?) Elle parle encore de vous.

Ça c'est pas sympa, de retourner le couteau dans la plaie, moi je l'ai oubliée, non à vrai dire j'ai oublié la mère... Bon, on peut passer à autre chose ? S'il vous plaît ? Hein ?

Heureusement, vers 17h (oui, cinq longues heures après) elle me tutoie enfin et me considère comme la stagiaire que j'essaie désespérément de redevenir à ses yeux depuis qu'on s'est télescopé au lavabo.

Je crois que j'aurais préféré une autre bise de l'anesthésiste.....[...]

Voilà, c'est mon deuxième projet, et j'en ai un troisième qui dort dans mon vieil ordi, au disque dur débranché depuis 4 ans. Un roman, un vrai pavé, un truc pour lequel j'ai été obligée de construire un arbre de choix, parce que même moi je ne m'y reconnaissais pas.
Mais j'attends d'avoir fini PN2, pour m'y remettre.
Peut-être que mes revenus d'écrivain me permettront de démissionner enfin, sans prise de tête sur l'air de "Mais de quoi vas-tu vivre, enfin ?"

dimanche 11 juillet 2010

Scotchée

Ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé : ne pas lâcher un livre tant que je ne l'ai pas fini...
Cette semaine, on a traîné à France Loisirs sans trop savoir quoi prendre, rien de bien tentant. On se décide finalement pour L'impossible pardon (mon fils saura pourquoi), de R. S Meyers. J'attends ce matin pour l'ouvrir : le p'tit bonhomme n'est pas là, il est 7h40 et je n'arrive pas à me rendormir.
Ouch! C'est une claque dans la figure, et comme dit Stromae "quand tu crois qu'y en a plus y en a encore !"
Pas facile à résumer, l'histoire est racontée alternativement par deux soeurs, après le meurtre de leur mère par leur père ivre. Au passage, il a blessé grièvement la plus jeune. Au fil des années, on assiste au lent travail de sape de la culpabilité et du remords, sans issue envisageable.
Finement analysés et partagés, des états d'âme sans concession ; un regard féroce sur l'Autre ; un cri déchirant, permanent, qui hurle en silence tout au long des 446 pages : comment se construire sur l'absence ?
Comme d'hab, je vous mets mes extraits préférés.

"Quand maman m'a demandé de lui sauver la vie, je n'ai pas du tout été surprise. Dès ma première semaine à la maternelle, javais compris qu'elle n'était pas le genre de mère à porter des colliers de nouilles. En gros, maman me considérait comme une servante miniature.
Passe-moi un Pepsi, Lulu.
Sors le lait pour les céréales de ta soeur.
Va au magasin m'acheter un paquet de Winston.
Et puis un jour elle est montée d'un cran.
Ne laisse pas entrer papa dans l'appartement.[...]

Même avant son départ, papa n'était pas d'une très grande aide. Il avait ses propres problèmes. Mon père voulait des choses qu'il ne pouvait pas obtenir, et, par-dessus tout, il désirait ma mère. [...]

Jamais je ne m'étais doutée que les filles prendraient possession de moi à ce point, ni que la moindre de leurs chutes me laisserait des bosses.[...]

Essayer de garder des souvenirs de maman revenait à vouloir attraper la pluie."

mercredi 19 mai 2010

Une collection

Petit à petit j'achète les livres d'Anna Gavalda.
La semaine dernière, j'ai trouvé La consolante en livre de poche. Je n'en suis qu'au milieu, mais je suis contente d'avoir retrouvé l'auteur qui m'avait scotchée avec J'aimerais que quelqu'un m'attende quelque part.
Je n'ai pas du tout aimé Ensemble c'est tout, et je n'ai même pas fini Je l'aimais.

Donc, j'aime bien sa façon d'écrire, surtout son tout premier, un recueil de nouvelles que j'ai déjà relu plusieurs fois. Par contre, c'est dommage que ses bouquins soient si inégaux les uns par rapport aux autres, ça me déstabilise...

La consolante, c'est un type d'une cinquantaine d'années qui n'aime pas sa vie, et qui profite du décès d'une amie de jeunesse pour se remettre en question une bonne fois pour toutes.
Un peu touffu au début, faut s'accrocher pour comprendre, ou plutôt non : ne pas chercher à comprendre, ça viendra plus tard.

Extraits :
"Il leva la tête et inspecta son mur dans la pénombre. Il y avait bien longtemps qu'il ne s'était pas penché sur son petit monde et il adorait ça pourtant. Il adorait regarder ses photos, ses dessins, son foutoir, ses posters, sa vie, ses souvenirs...
Les murs d'un enfant qui grandit sont toujours comme une leçon d'ethnologie amusante. Des mètres carrés qui palpitent et se renouvellent sans cesse en bouffant de la Patafix. Où en était-elle aujourd'hui ? Avec quelles copines était-elle allée faire le pitre dans une cabine de photomaton ? Quels étaient les gris-gris du jour et où se cachait le visage de celui qui ferait mieux d'être un arbre pour se laisser enlacer sans se plaindre ?
S'étonna d'y trouver une photo de Laurence et lui qu'il ne connaissait pas. Une photo qu'elle avait prise quand elle était encore enfant. Du temps où son index apparaissait toujours dans un coin de ciel. Ils avaient l'air heureux [...]"

"Un soir, Anouk que cette histoire tracassait depuis longtemps, se jeta à l'eau :
- Dis-moi, mon chat...
- Quoi ?
- Pourquoi tu changes toujours de sujet quand on parle de Nounou ? Pourquoi tu n'as jamais pleuré, toi ? C'était quand même quelqu'un d'important dans ta vie, non ?
Il se concentra sur ses macaroni, fut obligé de relever la tête et donc de croiser son regard à cause des fils de gruyère, et répondit simplement :
- A chaque fois que j'ouvre l'étui de ma trompette, je sens son odeur. Tu sais, une odeur de vieux un peu et ...
- Et ?
- Quand je joue, c'est pour lui et ...
- Et ?
- Quand on me dit que je joue bien, c'est parce que je crois que je pleure en fait...

Si elle avait pu, elle l'aurait pris dans ses bras à ce moment précis de leurs vies. Mais elle ne pouvait pas. Il ne voulait plus.
- Mais... euh... t'es triste alors ?
- Oh non ! Au contraire ! Je suis bien !
Elle lui sourit à la place. Un petit sourire avec des bras, des mains, un cou et deux nuques tout au bout."

Voilà, c'est surtout ça que j'aime chez Gavalda : ces petits bouts de vie qu'elle décrit sans qu'on y prenne garde. Ses héros, ça pourrait être n'importe qui, on a l'impression de les connaître, de les avoir déjà rencontrés.

Mais quand même : mon préféré c'est J'aimerais que quelqu'un... Définitivement.

lundi 5 avril 2010

Tout est sous contrôle

Je lis pas mal ces temps-ci. De tout. Des romans, des thrillers, des guides juridiques. De vieux magazines.
Sur le catalogue de France-Loisirs cette fois-ci je me suis décidée pour le bouquin d'Hugh Laurie, dont je n'avais lu que des critiques plutôt sympas, insistant sur le suspense et l'humour.

Bof.
Quelques trouvailles, c'est vrai, quelques formules qui m'ont fait sourire franchement. Mais quel bordel ! Super difficile à comprendre... Des liens, des ellipses, des sous-entendus. Des ficelles grosses comme ça, et puis d'autres aussi fines qu'un fil de pêche.
Je l'ai fini, parce que je voulais savoir comment ça finissait. Mais c'est vraiment la seule raison !

Quelques extraits :
"Quand le chauffeur m'a demandé de payer, j'ai dû lui expliquer que je n'avais pas l'intention d'acheter son taxi, seulement de m'acquitter des quinze minutes que j'avais passées dedans."
"Mes côtes donnaient la sensation d'avoir été enlevées et remises dans le désordre."
"La direction avait décidé depuis longtemps qu'il lui revenait moins cher de baisser les lumières que de faire le ménage."

Et un passage que j'aime bien :
"Il était une fois un homme paralysé par la peur de l'avion, qui s'adressa à un psychiatre. Il était persuadé qu'il y aurait une bombe dans le prochain avion qu'il prendrait. Le psy tenta de l'aider à vaincre sa phobie, mais en vain, puis l'envoya chez un statisticien. Sortant sa calculette, le statisticien informa le monsieur qu'il y avait seulement une chance sur cinq cent mille qu'un avion ait une bombe dans sa soute. Pas rassuré pour autant, le type continuait de croire qu'il monterait précisément dans cet avion-là. Le statisticien ressortit donc sa calculette et demanda : "OK, est-ce que ça irait mieux s'il n'y avait qu'une chance sur dix millions ?" Oui, bien sûr, répondit l'homme. Alors le statisticien déclara : "Il y a exactement une chance sur dix millions qu'il y ait dans votre prochain avion deux bombes sans aucun lien l'une avec l'autre." Perplexe, le type remarqua : "D'accord, tout cela est fort bien, mais ça m'avance à quoi ?" " Très simple, expliqua le statisticien, mettez une bombe dans votre valise."

Pour le reste, rien à voir avec un policier : trop d'espions, de CIA, d'armes, de terroristes. Quelques pincées de sexe ici et là, un nuage d'amour fou. Et une intrigue qui n'en est pas vraiment une, juste un sac de noeuds, même pas, une pelote de laine qu'on regarde se dérouler.

Comment ça, je ne vous le recommande pas ?

mercredi 26 août 2009

Quoi ? Fred Vargas est une femme ?


A la médiathèque l'autre jour, je flâne dans les rayonnages sans idée précise, et je tombe sur les policiers.
Plus jeune, j'ai adoré les bouquins de Robin Cook, leur ambiance médicale, leurs secrets que je débusquais au fil des pages...
Pour moi, un bon thriller se dévoile petit à petit, il faut que le lecteur ait une chance de démasquer le grand vilain méchant et sa mécanique perverse, sinon c'est pas drôle.
Higgins Clark par exemple, elle m'énerve, parce qu'elle place dès le début un gros gentil qui se transforme toujours à la fin, avec le rictus qui va bien : "Hin hin, tu ne pensais pas que c'était moi hein ? Eh ben si !"
Agatha Christie, c'est le contraire, elle te raconte toute l'histoire et à la toute fin, genre les deux dernières pages, pouf, t'as un personnage qui surgit de nulle part, on n'en a jamais entendu parler, on ne sait rien de lui, et voilà, hop ! il décroche et l'arme et le mobile et les circonstances favorables, imagine la pile des livres de prix à la fin de l'année scolaire tous dans les bras du même.... Pfff, c'est nul.

Alors là me voilà arrivée devant les V, un petit bouquin édition de poche me fait de l'oeil là-haut sur le présentoir, Fred Vargas, un accordéoniste flou, un titre discret, Sans feu ni lieu, mais... euh... ça ne veut rien dire ça ?
Je retourne, lis le résumé. Louis, Clément, Marthe, oh la, un peu trop de prénoms à la file, Marc, Lucien, Mathias...
Prête à le reposer, j'accroche, un peu plus bas, la description de l'auteur : Archéologue, spécialiste du Moyen Age, elle est aujourd'hui considérée comme une des valeurs sûres de la littérature policière. Elle a publié...
Je ne sais pas pourquoi, j'ai sursauté à cette découverte : c'est une FEMME ? LE Vargas dont tout le monde parle ? Bah faut croire...

Bon, j'ai embarqué le mini-livre, je l'ai avalé en trois heures, et à la page 134 j'avais trouvé l'assassin. Même pas drôle. Mais ce n'est peut-être pas son meilleur bouquin.
Si j'en trouve un autre, je retente l'expérience, mais pas de quartier : pas trop mon style, c'est un peu un fourre-tout plein d'allusions aux livres d'avant, à ceux d'après, et moi j'aime bien qu'un bouquin forme un tout à lui tout seul.

Bonus : j'ai appris la différence entre un mulet et un bardot. C'est toujours ça de pris.

mardi 14 juillet 2009

Il faudrait ne jamais devenir grand

CRÉON
Ne m'oblige pas à payer avec toi encore. J'ai assez payé.

ANTIGONE
Non. Vous avez dit "oui". Vous ne vous arrêterez jamais de payer maintenant !

CRÉON la secoue soudain, hors de lui
Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J'ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu'il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu'il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l'eau de toutes parts, c'est plein de crimes, de bêtises, de misère... Et le gouvernail est là qui ballote. L'équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu'à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d'eau douce pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce qu'elles ne pensent qu'à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires. Crois-tu, alors, qu'on a le temps de faire le raffiné, de savoir s'il faut dire "oui" ou "non", de se demander s'il ne faudra pas payer trop cher un jour et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d'eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s'avance. Dans le tas ! Cela n'a pas de nom. C'est comme la vague qui vient de s'abattre sur le pont devant vous ; le vent qui vous gifle, et la chose qui tombe dans le groupe n'a pas de nom. C'était peut-être celui qui t'avait donné du feu en souriant la veille. Il n'a plus de nom. Et toi non plus, tu n'as plus de nom, cramponné à la barre. Il n'y a plus que le bateau qui a un nom et la tempête. Est-ce que tu le comprends, cela ?

ANTIGONE secoue la tête
Je ne veux pas comprendre. C'est bon pour vous. Moi je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour mourir.

CRÉON
C'est facile de dire non !

ANTIGONE
Pas toujours.

CRÉON
Pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleines mains et s'en mettre jusqu'aux coudes. C'est facile de dire non, même si on doit en mourir. Il n'y a qu'à ne pas bouger et attendre. Attendre pour vivre, attendre même pour qu'on vous tue. C'est trop lâche. C'est une invention des hommes. (...)
La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, ça deviendra une petite chose simple et dure qu'on grignote, assis au soleil. Ils te diront tous le contraire parce qu'ils ont besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. Ne m'écoute pas quand je ferai mon prochain discours devant le tombeau d'Étéocle. Ce ne sera pas vrai. Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas... Tu l'apprendras toi aussi, trop tard, la vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c'est la consolation dérisoire de vieillir, la vie, ce n'est peut-être tout de même que le bonheur.

ANTIGONE murmure, le regard perdu
Le bonheur...

CRÉON a un peu honte soudain
Un pauvre mot, hein ?

ANTIGONE doucement
Quel sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? Quelles pauvretés faudra-t-il qu'elle fasse elle aussi, jour après jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? Dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ?
Jean ANOUILH

mercredi 17 juin 2009

Lentement, mais toujours en avant


"Encyclopédie du savoir relatif et absolu, Edmond Wells

Vaut-il mieux avoir le squelette à l'intérieur ou à l'extérieur du corps ?

Lorsque le squelette est à l'extérieur, il forme une carrosserie protectrice. La chair est à l'abri des dangers extérieurs mais elle devient flasque et presque liquide. Et lorsqu'une pointe arrive à passer malgré toute la carapace, les dégâts sont irrémédiables.

Lorsque le squelette ne forme qu'une barre mince et rigide à l'intérieur de la masse, la chair palpitante est exposée à toutes les agressions. Les blessures sont multiples et permanentes. Mais justement, cette faiblesse apparente force le muscle à durcir et la fibre à résister. La chair évolue.

J'ai vu des humains qui avaient forgé grâce à leur esprit des carapaces intellectuelles les protégeant des contrariétés. Ils semblaient plus solides que la moyenne. Ils disaient : "Je m'en fous" et riaient de tout. Mais lorsqu'une contrariété arrivait à passer leur carapace les dégâts étaient terribles.
J'ai vu des humains souffrir de la moindre contrariété, du moindre effleurement, mais leur esprit ne se fermait pas pour autant, ils restaient sensibles à tout et apprenaient de chaque agression."

Bernard Werber - Les fourmis

J'ai rendez-vous ce soir, à 17 heures.