dimanche 16 mai 2010

C'est dans la boîte

Mardi, 16h30, rendez-vous chez la psy.
Elle avait une heure de retard, que j'ai passée en évitant soigneusement de regarder la patiente précédente qui pleurait silencieusement dans son mouchoir, puis le stéréotype du malade mental qui porte sur son visage déformé toute la misère humaine (pour lui c'était plus difficile de l'ignorer, il ne tenait pas en place, et poussait régulièrement des sortes de grognements, dont deux m'étaient adressés, brrr)
Quand enfin elle m'a tendu la main, je m'y suis accrochée comme à une bouée. Fatale erreur : disons qu'elle avait décidé de m'apprendre à nager. Justement ce jour-là.
La veille, j'avais réussi à dire à l'Inspectrice que je n'arrivais pas à prendre une décision, et qu'en conséquence, je demandais une prolongation de 3 mois de mon congé. Ce rendez-vous chez la psy visait seulement à lui faire remplir un nouveau certificat : je ne voulais surtout pas qu'elle me gratte là où j'avais mal, qu'elle soulève les pans soigneusement rabattus pour ne plus y penser.
Raté.
Pour une fois, pendant 40 minutes, c'est elle qui a parlé. Je me faisais l'effet d'être un sac de sable, où venaient s'écraser chacune de ses phrases, chacun de ses mots plus violents les uns que les autres. Sans réaction, je me balançais pour mieux offrir le flanc à ce tabassage ininterrompu, cet afflux de vérités et de questions que je ne voulais pas affronter.
Je suis rentrée sonnée. Muette. K.O debout. Ça a duré plusieurs jours, que j'ai passés à m'énerver sur mon ordi, puis à dévorer des tas de bouquins, entre deux siestes. Et puis j'ai commencé à y repenser, doucement, tranquillement. Étonnée de tant de transparence, moi qui croyais qu'elle ne pouvait pas y comprendre grand chose, au rythme de mes éclipses.
"Vous bâtissez d'immenses projets, de plus en plus grands, de plus en plus ahurissants, mais ça reste une fuite en avant, des cartons creux que vous empilez les uns au-dessus des autres, comme des poupées russes. Mais qu'y a-t-il au juste dedans ? "
Et puis aussi :
"Posez-vous la bonne question, la vraie question : qu'est-ce que je sais faire, qu'est-ce que je peux faire, là, maintenant, avec moi seulement, et qui ne me coûtera rien, ou si peu ? Aucune chance de vous réfugier derrière les autres, ou de soupirer après le manque d'argent, pour affronter enfin ce qui vous paralyse. Ensuite, seulement, nous pourrons envisager votre avenir."
Mon avenir.
A venir.

samedi 15 mai 2010

Touche Pause

Trois jours que je me prends la tête à "réparer" mon ordi, tout infesté de michants virus que je croyais. Et vas-y que je te nettoie la base de registres, et que je te recolle les bouts de fichiers tout perdus les pauvres où qu'elle est sa mère ta race, et que je t'installe et désinstalle et réinstalle les Free Edition Antivirus FireWall Reboot Track BackUp Storage Pute Ta mère Encore, et même que je songe sérieusement à te formater pinaise tu continues tes conneries et ça va vite êt'vu hein salop'rie d'ordi à la c%*¤@# !
Et ma fille me répète pour la troisième fois "Tu as essayé en changeant le clavier ?" et je te jure qu'elle a failli se le bouffer son clavier que si elle me cherche elle va me trouver mais oui je l'ai débranché et ça marche toujours pas et non je vais pas aller fouiller dans mon bazar là-haut pour en trouver un autre tais-toi *hum là je l'ai écrit plus poli que je l'ai dit ou tu t'en prends une !

C'était le clavier. Dernier cri Hightech touches programmables technologie intuitive. Sauf qu'à 18 mois, l'intuition, ben c'est presque les mêmes lettres que l'imagination. Donc, tu tapes i, et ça écrit i=$, youpiii ! Tu tapes e, et ça surligne en jaune fluo tous les M de l'écran, c'est géééant ! Tu épargnes les touches A, Z, Q, C, V, trop loin quand tu es sur la pointe des pieds, mais youhouu, à l'assaut de toute la moitié droite du clavier, c'est partiii !
Ça dû lui prendre 4 minutes et trois centièmes. Le temps que je me retourne et que je pousse le fameux hurlement : "NOOON !!! TU NE TOUCHES PAS A MON ORRDI !! " * bien faire rouler le RR, ça fait plus peur encore et il s'est enfui, mercredi dernier. En rigolant.

J'ai fait le compte. Il a introduit seize macros (ou raccourcis clavier, si tu causes pas le geek). Seize. Dont deux avec le double effet Kiss Cool : si tu tapes deux fois sur le a, tu ouvres un menu déroulant, en-dessous du blanc au² que t'as obtenu à la première frappe. Je te laisse imaginer ce que donne la deuxième frappe du k.
Moi, côté imagination intuitive, ça y est : j'ai eu ma dose.
Merci Maxence.
Non, vraiment.
Je t'ai parlé de l'accent circonflexe ?

mercredi 12 mai 2010

Virus

Cla ²vi$=ert( HS : uy-n vi$=rt(uy-s sp^)uy-rt(emenrt(
Je rt(evi$=ens p^)luy-s rt(a ²rt(d.

Clavier HS : un virus surement.
Je reviens plus tard.

dimanche 9 mai 2010

Faudrait savoir

Demain, à 15h, j'ai rendez-vous avec l'Inspectrice de circonscription. La "gentille". Qui doit transmettre par la voie hiérarchique ma décision. A la "méchante".

Sauf que.

Je ne sais toujours pas ce que je dois répondre.

J'ai fait et refait mes calculs.
J'ai rempli des pages et des pages de colonnes + et - , j'ai écrit des projets, fait des simulations, envisagé la plupart des hypothèses.
J'ai pris des cachets pour dormir et ne plus y penser, je me suis pris la tête chaque nuit à y penser. Et chaque jour aussi.
J'ai pensé : "T'as qu'à dire que tu sais pas, tu vois pas, tu vas voir..."
J'en ai parlé un peu à ma psy, à mon toubib, à mes enfants.
Mais je n'ai rien dit à mes soeurs, à mes parents, à mes amis.

Je me sens si fatiguée !
J'arrive au bout du chemin, après un voyage éprouvant, et je me demande si j'aurai la force de repartir.

J'ai rendez-vous demain. A 15h.
Je confirme ma démission, au risque de plusieurs mois sans revenus, avant un versement de 7.000 euros, puis un autre l'année prochaine de 15.000 ?
Je demande à liquider ma retraite de mère de famille, m'assurant un revenu mensuel de 700 euros, mais avec une dette de 23.000 euros, qui s'étalera du coup jusqu'à ma mort ?
Je prolonge mon congé longue durée, après le 4 juillet, recevant chaque mois 1.500 euros, pendant que la folie me grignote peu à peu le cerveau ?

J'ai rendez-vous demain.

mardi 4 mai 2010

Le rêve d'une beauté trop voulue

Quand je vais chez la psy, dans la salle d'attente, je suis toujours assise en face de cette drôle de bonne femme verte, sous son oeil unique et ironique.
C'est en fait un tableau d'Ingres, qui a été repris et transformé façon Pop Art par Martial Raysse. Tout en haut, au-dessus de sa tête, il a collé une mouche. Une vraie.
Il disait : "Le mauvais goût, c'est le rêve d'une beauté trop voulue."

Est-ce que j'ai encore la force de me cramponner à mes rêves ? Je me sens cassée.
J'ai passé le week-end à dormir, manger, dormir. Un peu d'ordi, quelques commentaires ici et là.
Jean-Jacques Goldman dit dans un de ses textes que j'aime particulièrement : "Je suis plus vivant que je crois."

samedi 1 mai 2010

Contes de la bêtise ordinaire

Aujourd'hui, premier jour du mois, changement de côté pour le stationnement.
Pour une fois, ma voiture n'est pas concernée...

Comme chaque mois, cafouillages, coups de klaxon, des voitures des deux côtés qui bloquent le passage. Slalom quand certains ont l'intelligence de laisser la place de passer. Détours exaspérés quand l'entrée de son parking est inaccessible, là, juste au bout de la rue, mais de l'autre côté de ces deux véhicules presque côte à côte.
Scènes ordinaire de l'intolérance pressée. Deux fois par mois, on a droit au même scénario.

Vers 18h, un choc sous la fenêtre du salon, une accélération rageuse, un voisin qui crie depuis sa porte. Deux rétros par terre, dont un qui a failli exploser ma vitre. Cet abruti, enragé de ne pas pouvoir passer, a tenté de forcer le passage.
De suite les balcons se mettent à parler : "C'est la voiture de Mme V. - C'est votre fils Madame qui a fait ça ! - C'est la BM de Momo !! - Tiens le voilà .." Effectivement, à l'autre coin de la rue, en marche arrière, la voiture blanche remonte jusqu'à l'entrée du parking d'en face, toujours aussi énervée sur ses vitesses.

Ma proprio, au 2e étage, possède une place dans ce parking privé : elle y rentre chaque jour soigneusement sa voiture. Sauf aujourd'hui.
Son rétroviseur est couché sur mon trottoir.

vendredi 30 avril 2010

J'ai deux nouvelles : une bonne, une mauvaise


La semaine a été particulièrement dure à tenir. Plus les jours passaient, plus je sentais mes forces m'abandonner. Cette nuit j'en ai même vomi de désespoir. Réveil dans les larmes, qui ont coulé presque toute la matinée. Sensation d'épuisement extrême. Serrer les dents, encore : le petit me regarde.

Je pars vers 10h, direction mon garagiste : "J'en ai marre des frais, à ton avis, à combien je peux la revendre, la clio ? - Avec les factures, 1.200..."
Sans appel. J'y ai déjà mis 2.000 euros, il en faut 1.000 de plus au minimum pour le train avant qui craque de plus en plus, le kit de frein arrière dont la bidouille ne tiendra plus longtemps, et peut-être la crémaillère de direction : au contrôle technique, ils n'ont pas été tendres.
Je repars vers l'hypermarché, il y a autant de gouttes sur le pare-brise que dans mes yeux. Mais pas d'essuie-glaces contre la détresse morale.
Chariot rempli puis déchargé dans le coffre, on reprend la route, le Kitchoun et moi, silencieux, pour une fois. Éteints. A 800 mètres de la maison, dans l'embouteillage depuis 5 minutes, un hoquet, Lily tressaute, se cabre, s'arrête. Plus rien.
J'essaie de la pousser hors de la circulation, mais les roues semblent bloquées. Pas un seul des conducteurs que je bloque, derrière, ne descend m'aider. Je claque rageusement la portière, passe la vitesse, démarre, recommence : centimètre par centimètre, la voiture se déplace, se range le long du trottoir, libère la file qui déferle violemment, exaspérée.
C'en est trop, je craque, pleure à chaudes larmes en gémissant, le petit sur mes épaules, le sac de courses au bout du bras, je remonte la côte en hurlant ma rage, qu'il ponctue de "Putain !" bien distincts.
Il est midi.

Deux heures plus tard, ma voisine tape à la porte, une enveloppe des impôts à la main. Non, je ne connais pas de Dimitri Olivares. Accessoirement, au fait, voilà votre courrier.
Une enveloppe blanche. Dans l'angle, au stylo, les 2 lettres que j'attends et que je redoute, avec autant de violence. I.A.
Je n'ose pas l'ouvrir. J'ai peur de la lire. Je déplie les trois feuillets, sans les regarder, mes mains tremblent, à nouveau cette puissante envie de vomir.
Dernière feuille : des lignes courtes, des chiffres, c'est ça, c'est le fameux calcul de mon indemnité. Nous y sommes.
J'inspire un grand coup, et me lance dans le premier feuillet. "Votre demande... mon courrier... Décret..." Suivent une trentaine de lignes qui reprennent le texte de loi, bla bla bla. Je me force à relire, autant pour être sûre de ne pas avoir raté la réponse, que pour retarder au maximum une déception que je sens venir.
Je tourne enfin la feuille, autour de la double agrafe du haut. Et je me prends la première ligne en pleine face. "Dans ces conditions, je maintiens les termes de mon courrier du 10.12.2009, à savoir que l'indemnité de départ volontaire est versée en deux fois dans le cas de création d'entreprise." Uppercut. Les lignes suivantes tremblent, autant que mon menton. "En ce qui concerne maintenant le niveau de l'indemnité de départ volontaire, la circulaire n° ...."
C'est mort. Elle se réfère encore à ce foutu texte de loi, putain je n'en sortirai donc jamais ??
10 lignes que je comprends pas, une histoire de 16 ans d'ancienneté alors que j'en ai 19, un va-et-vient entre les 50% et les 100% qui zigzague jusqu'aux 75%, et surtout : aucun montant.
"Vous voudrez bien, au vu de l'ensemble des éléments précités, me faire connaître votre décision."
Retour à la dernière feuille.
CALCUL ET MONTANT DE L'IDV CONCERNANT Mme MOI-MÊME.
Montant des traitements perçus en 2009 : 30.119
Calcul du plafond : 60.238
Fourchette appliquée : 75%
Arrêté à la somme de : Quarante cinq mille cent soixante dix-neuf euros

Voilà. Je n'ai pas encore réalisé. J'ai tenté quelques calculs, entre le versement en deux fois, la saisie qui s'emparera de 60% au moins, les impôts qu'il faudra verser dessus. Mais je n'y arrive pas : ces derniers jours ont été trop violents. J'attends que le bébé parte chez son père, demain, pour me poser, et réfléchir.
Et faire remorquer la voiture.

mardi 27 avril 2010

Acrobaties

Il y a des fins de mois plus difficiles que d'autres. Celles qui commencent le 15. Voire le 10.
Ce mois-ci, on est allé voir ma soeur, à 300 kilomètres d'ici. En pleine galère de nuage de cendres et autres joyeusetés ferroviaires, difficile d'organiser un aller-retour pépère, même en sollicitant gentiment le fiston qui passait par là.
Je me suis donc résolue à passer Lili au contrôle technique, pour combler l'absence évidente du petit autocollant adéquat sur le pare-brise. En ville, sur les trajets école-maison-courses, ça passe encore. Sur la route des vacanciers en goguette, je crains davantage l'oeil de la gendarmerie.
Bref. Glissons 65 euros dans la poche du mécano, remplissons gentiment le réservoir (2 x 30 euros), réjouissons-nous : le péage au total ne nécessite que deux billets de 20. Sur place, je propose timidement et pas très fort de prendre en charge quelques courses. Non.

De retour à la maison, Zazoune nous fait vivre quelques jours sur son billet d'anniversaire. Voici venir le 22... Allez, jeudi prochain la paye arrive, serrons les dents : il reste 12 euros.
Vendredi 23 : ah oui mais il faut absolument faire un lavomatique non, nous n'avons toujours pas racheté de lave-linge depuis 1 an... parce que personne n'a osé faire laver ses tenues chez ma soeur. 6.50 euros, une grosse moitié de la cagnotte y passe.
Samedi 24, dimanche 25 : les filles boudent le rôti de porc à 2.25, et les carottes qui l'accompagnent, elles préfèrent se gaver de pain.
Lundi 26 : à découvert de 2.987 euros, au guichet de la banque, je murmure mon retrait de 10 euros. J'achète un paquet de pâtes, un litre de lait, une bouteille aussi pour le petit, flûte, 1,76 son lait ! Tentation, après tout il peut bien boire du lait ordinaire, à 18 mois... Je résiste, lui prend sa chère bouteille.
Mardi 27 : en raclant les fonds de tiroir, et les pièces dites "de la honte" (traduction : les 1, 2 et 5 centimes) on se paie un paquet de frites et des saucisses. Je consulte toutes les demi-heures le solde de mon compte en ligne... Non, la paye ne tombera pas aujourd'hui, c'est râpé. On enfile pour la nuit la dernière couche du paquet au bébé, qui vient de passer 2 journées en couches lavables.
Allez, demain, je passe à la banque, et il y aura la paye, et on ira faire les courses, et on s'achètera plein de trucs, et on se fera péter le bide, et ... et ... et ...

J'en ai ras-le-bol.

lundi 26 avril 2010

Tout communicant a un environnement


Module 5 - Relation / Communication
Formation auxiliaire de puériculture - Promotion 2007

Réunion d'équipe à l'hôpital :
L'infirmière se plaint que le Dr N. lui a parlé de façon vulgaire et insultante...

Je regrette vraiment mes propos, mais il faut savoir que ce matin, mon réveil n'a pas sonné, quand j'ai vu l'heure j'ai sauté du lit et je me suis pris les pieds dans le tapis, je suis tombé la tête la première sur la table de nuit en renversant la lampe qui s'est cassée.
Pendant que je me rasais, ça a sonné, c'était un représentant qui vendait des encyclopédies et je n'ai pas pu m'en débarrasser avant le volume 12, du coup mon café était froid et mes tartines étaient brûlées, je n'ai pas pris de petit-déjeuner.
Je suis allé au garage mais j'ai glissé sur une plaque de verglas et en tombant j'ai déchiré mon pantalon, je me suis déboîté le genou. Ma voiture a refusé de démarrer, parce que la batterie était à plat, mais ça a pris 45 minutes au mécano et 250 euros à mon porte-monnaie pour que je puisse enfin partir.
De toute façon j'aurais mieux fait de prendre tout de suite un taxi parce qu'en arrivant sur le parking de l'hôpital, le chasse-neige a défoncé tout le côté droit de ma voiture...
Mais je suis finalement arrivé à mon bureau et quand je me suis assis [ici le Dr N. prend une grande inspiration...] l'infirmière est entrée et elle m'a dit :
"Docteur, on vient de livrer 133 thermomètres, où voulez-vous que je les mette ?"



Des fois, je prends le téléphone. Je fais le numéro. Et puis je raccroche. Vous ne savez pas tout le contexte. Vous ne comprendriez pas.
Je n'y arrive pas.

mercredi 14 avril 2010

"Quand les feuilles tremblent...


...ce n'est pas l'affaire des racines."*
Une semaine que je me débats avec une gingivite effroyable, sur toute la moitié gauche de ma bouche. Sans parler de la langue enflée, du palais irrité, et des dents hypersensibles...

J'ai avalé 3 boîtes de cachets 1000 de paracétamol, fini le 1/4 de rhum qui traînait, je me suis brossé les dents jusqu'à 15 fois par jour. J'ai passé des heures à me masser la gencive, j'ai dormi la bouche ouverte, pleuré, gémi... J'ai promis juré craché à genoux les mains levées que plus jamais, plus jamais je ne mangerai de gluten.

Parce que depuis Noël je fais n'importe quoi avec ce que je bouffe : quand ce ne sont pas d'immenses paquets de chips (avec cornichons de préférence) j'avale des platées énormes de pâtes all'arrabbiata, ou des sandwiches Subway, aux MeatBall contenant bien plus de blé que de viande.

J'ai voulu ignorer le mal de dos qui est revenu très vite, les pincements et piqûres dans les muscles, la bouche pleine de salive. L'ongle de mon orteil à nouveau entièrement jaune, mon coude qui est redevenu noir, et le sable dans les yeux, entre deux miniboutons sur les cils. Tout comme les règles déréglées, à rallonge, les bleus express, qui apparaissent et disparaissent en 48h, les doigts rouillés qui tirent au réveil et par-ci par-là, quelques aphtes discrets, rapides.
Tous ces petits tracas désagréables, symptômes mis bout à bout qui finissent par vous pourrir la journée, avaient disparu quand je surveillais ce que je mangeais : pas de farine, pas de trucs au dextrose, pas de glucose. Ou très peu. Puis de temps en temps. Puis de plus en plus souvent. Et maintenant....

Plus jamais je n'avalerai de gluten, promis. Ta race ta pute sa mère bordel nique sa chienne bite à queue l'enfoiré connard de gluten.

*Une citation de Wole Soyinka, que je lis actuellement. Il a aussi dit :
"Le tigre ne revendique pas sa tigritude, il saute sur sa proie et la dévore."

lundi 12 avril 2010

A contre-jour

Depuis une heure, j'hésite à te rappeler. Te rappeler ? Et pour te dire quoi ? On a retrouvé nos bonnes vieilles habitudes, à croire que ça nous manquait trop : s'engueuler et s'en vouloir chaque fois qu'on se parle.
Je suis fatiguée. Je suis démotivée. Je ne sais pas comment t'aider. Je ne te rappellerai pas. En espérant, tout au fond de moi, que je ne le regretterai pas plus tard.
Essaie de t'en sortir Ditou, arrête de rêver à ce que tu n'as pas : la vie est pourrie, les autres ne valent pas l'attention qu'on leur porte. Construis-toi une personnalité solide et saine, stable, et ne compte que sur toi-même. Ça t'oblige à te retrouver tout seul ? Et alors... Au moins c'est toi qui l'auras choisi, personne ne t'aura laissé tomber.
Depuis ta naissance, je me démène pour que tu sois un type bien. Ouvre les yeux. Regarde autour de toi. Et réfléchis. Tu as le temps, tu n'as personne d'autre à satisfaire, ni rien d'autre à accomplir pour cette nuit.
Je ne t'engueule pas : ça me fout en rogne que tu laisses passer ta chance, quand elle passe à ta portée, pour des histoires débiles de gamins en couches-culotte.
Mais comme manifestement je n'arrive pas à faire passer le message juste, tant pis, je bats en retraite, j'abandonne, je raccroche. Pas la force ce soir... oui, pas ce soir, comme hier, comme depuis un mois, un an, si longtemps. Et je ne suis pas près de la retrouver, cette force que tu m'envies. Tant pis. Dommage.

"Mais quelle patate cette maman !"

Semaine affreuse.

Passé 5 jours à m'en prendre plein la tronche.

Je déteste les gens.

Vais me barrer loin, loin.

Perdu 2.2 kilos et repris 700 grammes.

Mal partout.

Je dois absolument faire le ménage.

Arrive pas à me résigner, tout simplement.

Mais pourquoi j'ai fait des gosses ?



lundi 5 avril 2010

Tout est sous contrôle

Je lis pas mal ces temps-ci. De tout. Des romans, des thrillers, des guides juridiques. De vieux magazines.
Sur le catalogue de France-Loisirs cette fois-ci je me suis décidée pour le bouquin d'Hugh Laurie, dont je n'avais lu que des critiques plutôt sympas, insistant sur le suspense et l'humour.

Bof.
Quelques trouvailles, c'est vrai, quelques formules qui m'ont fait sourire franchement. Mais quel bordel ! Super difficile à comprendre... Des liens, des ellipses, des sous-entendus. Des ficelles grosses comme ça, et puis d'autres aussi fines qu'un fil de pêche.
Je l'ai fini, parce que je voulais savoir comment ça finissait. Mais c'est vraiment la seule raison !

Quelques extraits :
"Quand le chauffeur m'a demandé de payer, j'ai dû lui expliquer que je n'avais pas l'intention d'acheter son taxi, seulement de m'acquitter des quinze minutes que j'avais passées dedans."
"Mes côtes donnaient la sensation d'avoir été enlevées et remises dans le désordre."
"La direction avait décidé depuis longtemps qu'il lui revenait moins cher de baisser les lumières que de faire le ménage."

Et un passage que j'aime bien :
"Il était une fois un homme paralysé par la peur de l'avion, qui s'adressa à un psychiatre. Il était persuadé qu'il y aurait une bombe dans le prochain avion qu'il prendrait. Le psy tenta de l'aider à vaincre sa phobie, mais en vain, puis l'envoya chez un statisticien. Sortant sa calculette, le statisticien informa le monsieur qu'il y avait seulement une chance sur cinq cent mille qu'un avion ait une bombe dans sa soute. Pas rassuré pour autant, le type continuait de croire qu'il monterait précisément dans cet avion-là. Le statisticien ressortit donc sa calculette et demanda : "OK, est-ce que ça irait mieux s'il n'y avait qu'une chance sur dix millions ?" Oui, bien sûr, répondit l'homme. Alors le statisticien déclara : "Il y a exactement une chance sur dix millions qu'il y ait dans votre prochain avion deux bombes sans aucun lien l'une avec l'autre." Perplexe, le type remarqua : "D'accord, tout cela est fort bien, mais ça m'avance à quoi ?" " Très simple, expliqua le statisticien, mettez une bombe dans votre valise."

Pour le reste, rien à voir avec un policier : trop d'espions, de CIA, d'armes, de terroristes. Quelques pincées de sexe ici et là, un nuage d'amour fou. Et une intrigue qui n'en est pas vraiment une, juste un sac de noeuds, même pas, une pelote de laine qu'on regarde se dérouler.

Comment ça, je ne vous le recommande pas ?

dimanche 4 avril 2010

Dormez, je le veux !

Qui se souvient de Mandrake le Magicien..

Une semaine de folie.
Encore.
Des bonnes, des mauvaises, des bonnes, des mauvaises nouvelles. Et quelques bonnes.

Mardi. Coup de téléphone à l'I.A, voir message correspondant. Je raccroche effondrée. Et convaincue que je vais devoir l'attendre, mon indemnité, c'est sûr.

Mercredi. Visite du local avec le Médecin de PMI. "C'est un local idéal....... pour une boutique." Elle m'a inventé qu'il fallait une aération naturelle dans toutes les pièces maintenant. Et un CREP : contrôle des risques d'exposition au plomb. Allons bon.

Mercredi soir. Mon fils pète un câble phénoménal, cette fois c'est sûr il va se foutre en l'air pour de bon. Je suis à deux doigts de sauter dans la voiture pour le sortir de là, et passe la nuit à moitié enroulée autour du téléphone. Mais on passe le cap, tous les deux.

Jeudi. Je refais les plans pour le local, contacte quelques sociétés pour ouvrir les vitrages du local. J'y crois encore. L'après-midi, Forum du créateur, conférence sur le financement du projet. Pas d'aide en cas de fichage aux incidents de paiement. Aïe.

Vendredi. Tribunal, service des saisies sur salaire. Je ne dois plus que 15.000 euros. Et les 8.000 de salaires indûment perçus.

Vendredi après-midi. Rendez-vous avec la directrice du Service Petite Enfance de la Mairie. "Projet très intéressant............ mais ce n'est pas ce que nous envisageons." En quelques mots et 1h30, elle m'explique qu'ils veulent de la halte-garderie sociale, à très bas prix, et associative. Pas question de donner le moindre centime à une SARL capitaliste aux tarifs exorbitants. Exit mon dossier. Comme les 6 autres qui l'ont précédé.

Vendredi soir, chez le toubib. "Ça ne va pas." Ce n'est pas moi qui le dis. Une demi-heure avec la lèvre inférieure qui tremble au récit de mes malheureux malheurs. "Au revoir Docteur, à bientôt."

Vendredi soir toujours. Plus de couches. 21h15, dérapage presque contrôlé devant le Géant Casino qui va fermer. Non, je n'achèterai pas d'alcool. Pas de chipes non plus. Et pas d'essence pour partir loin, loin, et ne plus jamais revenir.

Samedi matin. Conspiration du silence à 6h45, la Zazoune prend le train dans une 1/2 heure, elle doit récupérer ses affaires sans réveiller les dormeurs. "En raison d'un mouvement de grève des personnels SNCF...". Premier prix national du voyage foireux en période de neige/grève/tempête/incident de personne/alerte à la bombe : elle le décroche sans concurrent !

Samedi le même, une heure plus tard. Cri d'horreur, jet de couches à 5 mètres, inspection minutieuse du popotin de Monsieur Bébé. Une araignée bien monstrueuse, noire et brillante, n'apprécie pas trop d'être expulsée de sa cachette élastique de si bon matin. Et encore moins d'être écrabouillée séance tenante.

Samedi 14h. "Comme c'est un produit Casino vous serez remboursée deux fois Madame." Yeux brillants de ma fille. Convoitise à peine dissimulée. Chuchotement de victoire, en quittant le comptoir : "Eh ben ils n'ont pas fini d'avoir des ennuis avec leurs produits Casino, moi je te le dis, hihihi..." et nous passons une heure à dépenser ces 12 euros de rayon en rayon, cadeaux de Mme la Défunte Araignée.

Samedi, presque fini. Au téléphone, successivement : ma soeur, qu'un petit poisson tout neuf nommé Vincent a surpris ce jeudi, en s'accrochant l'air de rien à son coeur de maman ; mon fils, entre deux eaux, qui navigue à vue et se fie à mon phare tremblotant pour rentrer à bon port ; une amie, loin, seule, enceinte, que je regarde passer au large de mon quai, le mouchoir au vent, attends, attends, je te promets qu'on se reverra.

Dimanche. Les cloches s'en donnent à coeur joie. Je n'ai pas envie de manger de chocolat.
Dommage. Paraît que c'est bon pour lutter contre les coups de déprime.

Bon. Des nouvelles ?

mardi 30 mars 2010

Guerre d'usure

Passage du facteur.
Toujours rien dans la boîte.
Je prends mon courage à deux mains, et lui téléphone à l'Inspection Académique.
Surprise : elle répond presque de suite.
Du coup, je bafouille un peu, ne sais pas trop comment présenter ma demande. Dire que je me meurs d'attendre.
Elle ne dit rien. Juste "oui... oui...oui..." Un rien narquoise.
Et puis.
Je l'entends presque se lécher les babines avant de mordre.
Un coup de mâchoires sec, sans recours.
Je ne m'en suis pas occupée. Je ne vous oublie pas.
Salope.

lundi 29 mars 2010

Ça y est

Le casting est officiellement ouvert, la saison 4 est désormais d'actualité : TF1 recrute pour Secret Story !
150.000 euros à la clé...
Voyons : quels sont mes secrets ?
- je parle régulièrement à des gens que je ne connais pas, et je suis sûre qu'il y a des morts célèbres qui lisent mon blog...
- je suis poursuivie depuis ma naissance, que dis-je, depuis la grossesse de ma mère, par les foudres de SuperMurphy (rappel : la loi de Murphy indique que s'il y a la moindre chance que quelque chose vienne empêcher le déroulement normal et attendu, alors ce quelque chose arrivera...) Quelques exemples ? Lisez mon blog. Même si vous êtes mort...
- je peux écrire avec mes orteils, et j'ai même appris une chanson qui célèbre cet exploit (allez mes frère et soeurs, tous en choeur !) : "Avec mon pied, je peux signer mon nom, hhsssss ayayaïe, oyoyoïe, lo la lolé, loo laa lolé !!!"
- j'ai chez moi environ 147 pots de cornichons avec leurs couvercles, dont j'ai mangé le contenu et bu le vinaigre en l'espace de 30 mois... avec ou sans chips
- je suis capable de chanter du Céline Dion avec 6 Chamallows et demi dans la bouche (le Bhon Ghros BhonBhon Thend'e, parce que si c'est pas de la marque, j'y arrive pas)
- j'ai perdu mon maillot de bain en passant l'épreuve de natation au bac (que j'ai terminée entièrement nue) et je me suis noyée en ramenant le mannequin du concours d'instit (mais lui était vivant, enfin, sauvé). Depuis, j'ai tendance à éviter les piscines
- j'arrive à parler couramment espagnol en rajoutant A et O à la fin de chaque mot, et en plaçant çà et là dans la conversation des morceaux entiers de chansons de Julio Iglesias (si, ça marche ! faut penser à l'accent c'est tout..)
- j'ai fait pipi au lit quand j'étais enceinte, exprès, parce que j'avais la flemme de me lever pour la cinquième fois de la nuit
- je connais la Voix, je l'ai méchamment allumé au téléphone avec ma petite soeur, un soir de l'été 1984, et si on ne s'était pas dégonflé il aurait débarqué, avec son pote Serge, dans le petit studio de ma mère à F... oups, encore une fois j'ai failli filer l'adresse
- je connais la seule blague au monde que personne ne comprend, je l'ai déjà racontée à 36 personnes, qui se sont chargées de la raconter à leur tour, et ELLE N'A JAMAIS FONCTIONNÉ ! JAMAIS !! (d'ailleurs, si vous voulez participer à la recherche et faire le test... c'est ici)

Chouette liste : ils auront le choix.
Bon, je vous laisse, j'ai un questionnaire à remplir.

vendredi 26 mars 2010

Des bleus et des secondes

Norman Rockwell

Une nouvelle tournée du facteur, une nouvelle déception... rien, rien de rien... Rien.
J'ai appelé en début de semaine l'Inspection Départementale. Elle n'avait pas de nouvelles non plus. Ça fait 26 jours. Encore un week-end à passer, encore une autre semaine qui s'annonce.

Je m'agite. Ménage par le vide, pour faire le vide, ne plus réfléchir. J'attends, sans le vouloir. Encore. Trajets en voiture qui s'enchaînent, pour meubler mes journées. Vides. Je guette les chiffres du réveil, 10h50, je peux y aller. Et toutes les 5 minutes, j'ouvre la porte, j'ouvre la boîte, et je fixe le vide qu'elle révèle. Chaque jour.

La sonnette n'est toujours pas réparée. Hier, la factrice a tapé à la fenêtre. J'ai couru pour lui ouvrir. Non, je n'ai pas couru, j'ai volé. J'ai cru voler. Je suis tombée.
Ce n'était même pas pour moi.

Demain.

dimanche 21 mars 2010

Aujourd'hui

Premier week-end de printemps.
Il pleut depuis mercredi.
Se mettre à l'abri.


Terry Border fait des trucs extraordinaires avec ce qui lui tombe sous la main. J'aime surtout ses Bent Objects, un peu de poésie dans la vie de tous les jours.

vendredi 19 mars 2010

Cauchemar

Il est 15h.
Après avoir déposé une amie chez elle, je pars chercher ma fille à son stage : elle termine à 15h30, a priori je suis dans les temps.
Je décide de passer par la Poste, pour vérifier au distributeur si la CAF a viré (enfin) ses allocations de mars.
Commence une demi-heure de cauchemar pur.

Je passe par un carrefour un peu dangereux, priorité à droite peu visible, tout le monde a l'habitude de s'arrêter carrément, pour couper la voie en toute sécurité. Sur ma gauche, vient se ranger une voiture verte, une vieille dame, qui se dirige à gauche vers la caserne des pompiers. Embouteillage, une file de voitures ininterrompue nous immobilise toutes les deux un bon moment. Enfin je lève le pied de l'embrayage, la voiture s'élance quand j'entends un énorme choc. A mon côté, je vois la vieille dame précipitée sur son volant, qui rebondit vers son siège avant de revenir sur le volant. Mais ma Clio roule déjà, j'ai juste le temps d'apercevoir l'autre voiture, celle qui lui a foncé dedans à toute vitesse, qui la pousse encore quand la scène disparaît de mon champ de vision.
Tremblante, un peu abasourdie, je ne réfléchis pas, j'avance, ce n'est qu'au feu suivant, 500 mètres plus loin, que je me reproche de ne pas m'être arrêtée, pour, je ne sais pas, porter secours, témoignage... Mais voilà déjà le parking de la Poste. Je m'engage, vite arrêtée, dans le couloir étroit, par deux voitures qui semblent se menacer l'une l'autre.
Il est 15h08 à l'horloge de la pharmacie. Une passagère descend en gesticulant, fait mine de s'éloigner, puis revient vers le 4X4 qui gêne le passage. Dispute, je n'entends rien... Mais le 4x4 avance bruyamment, la petite voiture se faufile sous l'arche à droite, le 4x4 recule en rugissant. Je passe à mon tour. Je suis toujours dans les temps, ça va.
Pas de place sur le parking, comme d'habitude. Je fais le tour du quartier, me gare à l'arrière de la Poste. Toute à mes pensées (est-ce qu'elle va bien ? est-ce que j'aurais pu faire quelque chose en m'arrêtant ? ça aurait pu être moi...) je rate le raccourci de la petite impasse. Tant pis, je fais le grand tour. Une dame se hâte juste devant, pour arriver au distributeur avant moi. Je soupire. Quand elle tourne les talons, au bout d'une minute à peine, je m'approche, pour lire "appareil momentanément indisponible". La dame file vers les guichets de la Poste. Peut-être y a-t-il un distributeur à l'intérieur ? Je la suis, l'entends demander à l'accueil. "Ici nous faisons travailler de vraies personnes, lui répond Madame-Insupportable. Prenez un ticket, allez au guichet !"
"Bonjour, quel est le distributeur le plus proche s'il vous plaît, celui dehors est indisponible...
- Vous m'avez entendue (qu'est-ce que tu en sais, espèce de peste ? et si j'étais sourde ??) vous faites la queue comme tout le monde ! "
Je tourne les talons sans un mot. Cette fois le temps commence à presser, je retourne à la voiture en passant par le raccourci... ah non, encore une fois j'ai raté l'impasse, je fais le grand tour par l'autre côté. Et je ne retrouve plus la voiture.
Demi-tour : l'employé municipal qui passe le jet sur le trottoir m'arrose une deuxième fois le bas des jambes. Je n'en vois rien, la panique monte en moi : j'ai perdu la voiture !
Je cours sur le trottoir, me tords la cheville, scrute toutes les voitures garées le long de ce fichu trottoir, et enfin, enfin, la voilà : je suis passée deux fois devant sans la voir.
Cette fois-ci, je risque d'être en retard, je maltraite mes pédales, pétris le volant, enrage derrière la voiture-laveuse qui se traîne dans la rue, bloquant une file de voitures de plus en plus impressionnante. Concert de klaxons derrière moi. Je lutte contre les larmes.
Il est 15h30 quand je repasse devant la pharmacie. Le distributeur de la Poste affiche un insolent "En service" vert fluo, juste au-dessus de la tête de l'homme qui s'en sert. Je serre les dents, cherche l'itinéraire le plus rapide. Tous les feux sont rouges. Tous.
Sauf celui près de l'école d'infirmières : son vert scintille au loin, j'accélère. Il passe à l'orange en même temps que j'aperçois la voiture de police qui attend, au feu en face. Je freine désespérément, ferme les yeux, mes pneus hurlent. Et mes larmes commencent à rouler. Je dois m'arrêter, je n'arriverai jamais à conduire jusqu'au bout, je dois m'arrêter... mais c'est impossible sur ce trajet.
Quand la voiture s'immobilise devant ma fille transie, furieuse, qui attend dans le froid depuis près d'un quart d'heure, tout sort en vrac et en désordre, je pleure, je gémis, je tremble. Un peu effrayée, elle se tait.
Mais qu'aurait-elle pu dire ?

vendredi 12 mars 2010

Les histoires d'A

Ma fille reçoit un courrier de la CAF, les éléments de son dossier ont été réétudiés, elle n'a plus droit à aucune prestation. Courrier en date du 23 février, posté le 8 mars, reçu aujourd'hui.
Je l'accompagne au guichet, la regarde parler. Elle est furieuse, elle est froide, elle est belle. Ses yeux foudroient l'agent, qui se ratatine derrière son comptoir et promet de faire partir le paiement dès lundi. Je suis ma fille qui s'éloigne, la tête haute, encore une fois à cause de leurs conneries... ! Elle traverse à grands pas la salle pleine à craquer de misère humaine, et je suis fière d'elle.

Mon fils a rompu avec X, hésite à sortir avec Y, me confie qu'il a même eu des avances de Z... un beau blond... Il s'ennuie ferme dans son boulot, alors il a inondé sa région de CV et de candidatures spontanées. Il sera en vacances fin avril, et compte bien venir nous voir, on lui manque. J'aime sa voix assurée quand il me téléphone. J'aime sa maturité toute neuve, ses décisions d'homme, ses problèmes d'adulte. J'aime aussi cette toute petite fêlure, dans le lointain, ce tremblement imperceptible.

Ma fille arrive, les larmes aux yeux, la gorge nouée, Maman, je suis tombée... Mon coeur bondit, il est 21h, son poignet rouge vif a doublé de volume, voiture, urgences, radio. C'est une fissure du radius. Dans la salle d'attente, elle plaisante, refuse d'entendre parler d'un éventuel plâtre, tape discrètement sur son portable qu'elle n'a pas voulu éteindre. J'ai envie de la serrer dans mes bras, je n'ose pas, je caresse furtivement son dos à travers le blouson épais.

Mon petit-fils est allongé près de moi, pour la sieste. Il joue avec mes cheveux blancs, pensivement, doucement. Il prend ma grosse tête frisée dans ses toutes petites mains, l'approche de son visage, incline son front sur le mien, soupire. Son sommeil est peuplé de sourires. J'ai tant à lui apprendre, tant à lui donner.

C'est pour ça, pour ces moments-là, que je reste là. C'est pour lui, que je résiste aux flots furieux. C'est pour eux, que je ne me laisse pas couler.
Pour l'instant. Je suis là...

jeudi 11 mars 2010

Nausée

Rendez-vous à 14h30 chez le psychiatre-expert auprès du comité médical départemental. Pour la prolongation de mon congé longue durée.

"Comment vous sentez-vous ?"
"Comment vous décririez votre état psychologique ?"
"Et la vie quotidienne ? devant mon incompréhension, il précise : Les repas, le ménage, la lessive... ?"
"Vous voyez vos amis ? Vous téléphonez ? Vous sortez ?"
"Est-ce que vous avez de l'appétit ?"
"Comment dormez-vous ?"
"Vous envisagez de reprendre une classe, tout de même ? A mi-temps peut-être ?"
"Vous voyez quelque chose d'autre à ajouter ?"

Après avoir commencé par mentir, en souriant un peu (fichue carapace sociale), j'ai reconnu que la réalité était moins Youp-La-Boum-On-Rigole-Chez-Les-Bisounours. Et puis finalement j'ai recommencé à mentir, de peur qu'il décide de m'interner d'office. Parce que ça fait un moment que même les Bisounours pleurent, chez moi.

"Au revoir Madame, nous nous revoyons très prochainement n'est-ce pas ?"
Ah oui, c'est ce que vous m'avez déjà dit la dernière fois que nous nous sommes vus, Docteur. Le 10 septembre.

mercredi 10 mars 2010

Sortir de là

A nouveau cette immense fatigue, dès le matin, rien qu'à l'idée de rejeter les draps et de poser le pied par terre.
A nouveau ce poids sur les épaules, quand je pense à tout ce que je dois faire, les coups de téléphone, les courriers, les files d'attente aux guichets.
A nouveau cette sensation d'étouffer, de manquer d'air, tout à coup, je le cherche et m'affole.
A nouveau ces heures qui défilent si lentement, si vite en même temps.
A nouveau cette crue, à mes yeux, qu'aucune digue ne vient arrêter.
Ça ne s'arrête donc jamais ?

lundi 8 mars 2010

Blanc

Réveil sous la neige ce matin.
Rien de bien méchant, à peine 4 cm, qui s'accrochent lourdement aux toits de voiture et aux pas.
Le ciel est blanc, lumière étrange qui enferme ma rue sous son rideau épais.

samedi 6 mars 2010

Spéciale dédicace à Grignotte

"Je voulais simplement te dire
Que ton visage et ton sourire
Resteront près de moi sur mon chemin

Te dire que c'était pour de vrai
Tout c'qu'on s'est dit, tout c'qu'on a fait
Qu'c'était pas pour de faux,
Que c'était bien

Faut surtout jamais regretter
Même si ça fait mal, c'est gagné
Tous ces moments, tous ces mêmes matins

J'vais pas te dire qu'faut pas pleurer
Y a vraiment pas d'quoi s'en priver
Et tout c'qu'on n'a pas loupé
Le valait bien

Peut-être on se retrouvera
Peut-être que, peut-être pas
Mais sache qu'ici bas, je suis là

Ça restera comme une lumière
Qui m'tiendra chaud dans mes hivers
Un petit feu de toi
Qui s'éteint pas"

jeudi 4 mars 2010

Pardonne, mais n'oublie jamais

Oh non, je n'oublierai jamais ces larmes de rage impuissante, ces cris de fureur, ces coups vengeurs qui ne rencontrent que le vide.
Je n'oublierai pas non plus ces milliers de mots alignés comme autant de vaillants soldats inutiles, sacrifiés au combat. Ni ces heures d'attente, suspendues au fil ténu d'une réponse implacable, ou pire : inadéquate.
Je n'oublierai pas mon pouls qui s'accélère, ma tension qui s'affole, les traits de mon visage qui se crispent sous l'effort, rester calme, rester calme, surtout rester... calme...
Non, je n'oublierai pas.
Mais je ne pardonnerai pas non plus.

lundi 1 mars 2010

Paranoïa

Suite mais pas fin de nos démêlés administrativo-juridico-tribunalesques.

- Tribunal correctionnel, lundi dernier : "Ah mais si Madame, on vous l'a envoyé votre copie, c'était, euh, voyons, jeudi matin, si si je vous assure !" OK. Ça fait donc, euh, deux semaines aujourd'hui que cette enveloppe se balade entre le Tribunal et mon domicile, soit exactement : 970 mètres.

- Cabinet de l'avocat de ma fille, jeudi dernier : "Il faut me payer, tout de suite, je ne peux pas vous défendre la semaine prochaine si vous ne me donnez pas immédiatement 300 euros !" Elle se met à pleurer.. "Mais enfin pourquoi vous vous mettez dans un état pareil ? Après tout, plaie d'argent n'est pas mortelle !"
Dans la foulée, vendredi matin, direction le Tribunal de Montpellier : "Tenez, mettez-vous là, écrivez au Juge que vous ne pouvez pas être aux deux audiences en même temps et que vous ne pouvez pas payer un avocat pour vous représenter. Mais oui, ça suffira : après tout, c'est un simple constat d'incompétence territoriale, pas besoin d'avocat pour ça !"
Et donc, vendredi après-midi, je me suis fait une joie de retourner voir cette harpie (personne ne fait pleurer mes enfants comme ça, qu'on se le dise !). Elle me confirme qu'elle a bien l'intention d'empocher 300 euros pour demander un report, puis à nouveau 800 euros pour faire constater l'incompétence... à Montpellier. Car ici, elle touchera également 800 euros pour ... faire constater la compétence ... et demander un report ! La pauvre n'a pas compris que c'était fini, de nous pressionner à n'en plus finir. J'ai récupéré le dossier de ma fille, et j'ai tourné les talons. Impériale.
Sauf que ma fille n'a plus d'avocat pour jeudi prochain. En même temps, on s'en fout un peu, parce que celui de son ex ne se déplacera pas.

- Bureau de l'Inspectrice ce matin, 8h30. J'ai défendu mon bifteck, j'ai vendu mes arguments, avancé des documents, repris des courriers. Alea jacta est : ma demande est partie, 3 feuillets écrits bien serrés. Verdict "dans la semaine Ellen, je vais tout faire pour, comptez sur moi !" A la clé : 11.000 euros en deux fois, ou 56.000 en une fois.

- A venir : rendez-vous le 12 mars avec le psy agréé par la Ddass. J'ai de plus en plus l'impression que le monde n'est que magouilles et compagnie. Le plus dur est de faire partie de ceux qui complotent.